Economie ou efficience ?

Nous vivons dans un monde où les réalités économiques priment malheureusement sur l’intérêt médical.

Voici 3 exemples quotidiens du hiatus entre l’intérêt économique (des firmes) et l’efficience médicale :

Les tests tuberculiniques

Le laboratoire Sanofi Winthrop Industrie a informé de l’arrêt de commercialisation de la spécialité TUBERTEST, solution injectable, solution (10 tests) à compter de fin mai 2026, dans la limite des stocks disponibles, avec une péremption des lots jusqu’à fin août 2026.

Cette décision n’est pas liée à un problème de qualité ou de sécurité.

Dans ce contexte, une spécialité alternative sera disponible par le laboratoire Imaxio à partir de mai 2026 : TUBERCULINE PPD RT 23 AJV 2T.U. / 0,1 mL, solution injectable (15 doses).

Pour des raisons purement industrielles et commerciales, les professionnels de santé doivent donc remplacer

  • un produit à 8,57 € par un produit à 28,03 € ;
  • un produit utilisable un mois après ouverture par un produit qui ne se conserve que 24 h au maximum ;
  • un flacon de 10 doses sur lesquelles on pouvait souvent en utiliser 5 ou 6, les tests tuberculiniques arrivant souvent groupés sur une période de quelques semaines, par un flacon de 15 doses sur lesquelles une seule sera finalement utilisable.

Donc on passe d’un coût unitaire de 1,6 € à 28,03 € !!

La HAS, dans l’avis du 22 octobre 2025, pointe d’ailleurs cette incongruité :

La Commission souligne que la dose recommandée pour la réalisation d’un test étant de 0,1 mL, le conditionnement actuel (en flacon de 1,5 mL correspondant à 15 doses) n’est pas adapté aux conditions d’utilisation en ville, car la durée d’utilisation après ouverture est trop courte et la fréquence des tests tuberculiniques en cabinet libéral ou en centre de santé est généralement faible pour justifier l’ouverture d’un flacon multidose. En effet, le RCP en vigueur mentionne que (cf RCP rubrique 6.3 Durée de conservation) : « D’un point de vue microbiologique, le produit doit être utilisé immédiatement. En cas d’utilisation non immédiate, les conditions et durées de conservation en cours d’utilisation relèvent de la responsabilité de l’utilisateur et ne doivent pas dépasser 24 h à une température comprise entre 2° C et 8° C. ».

Aussi, la Commission recommande la mise à disposition d’un conditionnement unidose (ou 2 à 3 doses) adapté.

mais malheureusement cette recommandation est restée lettre morte.

La vaccination coqueluche

L’intérêt médical des vaccinations coqueluche DTPolio (Diphtérie-Ténatos-Polio) n’est plus à démontrer.

Mais, alors même que les durées d’immunisation diffèrent largement (20 ans avant 65 ans, au moins dix ans près 65 ans pour le DTPolio, moins de 5 ans pour le vaccin coqueluche), ainsi que les préconisations, une seule présentation existe (en dehors des présentations de primovaccination infantile) : le dTcP quadrivalent.

Nous ne disposons plus en France de vaccin tétanos seul depuis 2017, de dTP depuis 2024, et nous n’avons jamais disposé de vaccin coqueluche seul.

La stratégie du cocooning amène à proposer la vaccination coqueluche à toutes les femmes au 3ème trimestre de grossesse, à tous les professionnels de santé tous les 5 ans, et à toutes personnes en contact avec les nouveaux-nés … ce qui entraîne par la même occasion la multiplication des rappels dTP de façon inutile, et pour un coût là encore non nul. Le Revaxis® ne coûtait que 8,80 €, contre 22,71 € pour le Repevax® (et 2,89 € pour le Vaccin Tétanique® Pasteur).

 

La vaccination Zona

Si vous avez plus de 65 ans, la télé vous le répète en boucle :  « Le zona ? Je n’ai jamais ressenti une telle douleur..… »

Mais manifestement, ce que veut surtout le laboratoire c’est que vous reteniez un nom : Shingrix®.

La Haute Autorité de Santé recommande désormais le vaccin à tous les patients immunocompétents de 65 ans et plus.

Sur un plan pratique la vaccination contre le Zona comporte deux doses, et une promesse : éviter la redoutée névralgie post-zostérienne.

2 doses à 188,37 € chacune représentent 376,74 € par patient.

D’après l’étude ZOE-70 il faut vacciner 293 personnes de plus de 70 ans pour éviter 1 SEULE névralgie post-zostérienne. Ce qui rend le CNGE et la revue Prescrire® très prudents sur l’intérêt réel de cette vaccination.

Le coût rien que pour le vaccin représente 110 349 € par névralgie évitée.

Environ 15 millions de personnes ont plus de 65 ans en France.

Si on prend cette recommandation de la HAS au pied de la seringue, on parle d’un budget potentiel de plus de 5,6 milliards d’euros (rien que pour le vaccin) pour éviter environ 51 000 névralgies, soit la moitié du coût annuel des honoraires de la médecine générale libérale ! ou 2,13 % du budget de la branche maladie de la sécurité sociale ! ou 1/3 des coûts de gestion des organismes d’assurance maladie obligatoire ou du déficit prévisible 2026 de la sécurité sociale ! ou 3,5 fois les revalorisations pour la médecine générale dans la Convention 2024.