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Suite à l’article du Progrès de Lyon le 31 octobre 2014

Publié le 1er novembre 2014, par Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP

Comme d’habitude, la confusion recettes / bénéfice apporte la confusion et cherche à jeter le discrédit sur la profession !

Bonjour Madame Beclu,

J'ai lu avec intérêt votre article « Santé les généralistes veulent une consultation plus chère » dans le numéros du 31 octobre du Progrès.
Dommage que vous n'ayez pas interrogé plus de responsables syndicaux, notamment au sein de celui auquel j'appartiens, la FMF (Fédération de Médecins de France), nous aurions pu évoquer d'autres raisons au malaise actuel des professions de santé.

A la lecture globale, je relève comme à l'habitude la confusion entre recettes et bénéfices. Quand la presse parle du SMIC elle met en avant le SMIC net perçu par le salarié, quand elle parle des médecins c'est le revenu encaissé, donc les recettes brutes ! Ce n'est pas ce qui reste à la fin du mois sur le compte une fois les charges payées (50% minimum pour un généraliste, bien plus pour un spécialiste); artifice permettant en jouant sur les mots de discréditer les docteurs en mettant en avant un chiffre au moins au double de la réalité ! Ainsi pour un généraliste qui a 120 000 € de recettes, le revenu net n'est que d'environ 60 000 €, ce qui ramené au nombre de jours travaillés et d'heures effectuées est plutôt au bas de l'échelle des revenus médicaux en Europe.

Vous semblez également opposer généralistes (MG) et spécialistes (MS) ce qui est beaucoup moins évident qu'il y a 30 ans quand j'ai démarré mon activité libérale. Certes les MG sont interdits d'une majoration de 2€ (merci la CSMF et le SML qui ont signé cet avenant) mais les MG aujourd'hui sont aussi des spécialistes, ce sont des spécialistes en médecine générale ! Et il y beaucoup de spécialités avec des revenus inférieurs à ceux des généralistes. Il est également fréquent qu'un généraliste vienne défendre un spécialiste en commission paritaire ou en commission des pénalités comme cela est arrivé tout récemment à Lyon.

Les revenus sont une revendication certes, mais il ne faudrait pas en faire la seule !
Les jeunes médecins ne s'installent plus en libéral, les médias évoquent fréquemment les « déserts médicaux » et sont immédiatement pointés du doigt les territoires ruraux alors que le problème majeur pour les 5 prochaines années risque d'être le centre des villes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas pour autant de problème en milieu rural ou l'état souhaite la présence de docteurs là où lui même s'est désengagé en fermant en masse ses administrations !

Et paradoxalement il n'y a jamais eu autant de docteurs en médecine en France (inscrits aux tableaux de l'Ordre): alors cherchez l'erreur !
 
Les jeunes ne fuient pas la médecine, ils sont d'ailleurs très nombreux en 1è année, ils fuient l'exercice en libéral devenu un véritable repoussoir pour eux:

  • Ils fuient un revenu horaire libéral parmi les plus bas de la CEE,
  • Ils fuient une amplitude horaire de 65 h hebdomadaires dans une France qui ronronne à 35 !
  • Ils fuient une législation médicale liberticide imposant des carcans administratifs de plus en plus pesants et donnant un pouvoir prééminent aux ARS, et à l'assurance maladie (voir la loi de santé récemment présentée en conseil des ministres).
  • Ils fuient les mesures vexatoires et autres tracasseries administratives avec une répression donnant tous les pouvoirs aux caisses (responsable de la CELLULE JURIDIQUE de la FMF au plan national je pourrais vous en parler en détails), préférant la tranquillité des remplacements ou l'exercice salarié,
  • Ils fuient la solitude, le harcèlement des caisses et l'épuisement professionnel aboutissant au burn-out et trop souvent au suicide avec une fréquence beaucoup plus élevée que dans la population générale (bien plus élevée qu'à FT ou que chez Renault) dans le silence des médias !
  • Ils fuient les obligations comme la supercherie du tiers payant généralisé imposé (sans guichet de paiement unique) aux médecins laissés seuls face à la jungle des mutuelles. J'affirme la supercherie et l'hypocrisie du pouvoir qui met en avant la facilité d'accès aux soins: mais les démunis en bénéficient déjà au travers de la CMU-C et de l'ACS ! Pour ceux qui ont des revenus supérieurs et qui sont en difficultés le couple carte vitale et carte bancaire permet un remboursement sécu avant d'être débité et pour ceux qui n'ont pas de CB il n'y a pas un médecin qui refuse de garder un chèque dans le tiroir avant de ne le déposer. Enfin c'est l'état lui même qui vient moduler les allocations familiales en fonction des revenus argumentant que les plus «riches» peuvent en recevoir moins, mais obligent les médecins à les faire bénéficier du tiers payant comme les plus «pauvres» !
  • Ils fuient les mensonges et les engagements non tenus comme en matière de retraite où l'ASV, avantage conventionnel ou revenu différé contre une modération des honoraires se révèle une belle illusion au bout de quelques années; et nous pourrions encore rajouter le «contrat référent» supprimé d'un trait de plume où la formation professionnelle DPC sabordée !
Parallèlement la profession s'est féminisée et ces médecins-mères de familles aspirent à une activité moindre. L'assurance maladie a souhaité encadrer (avenant n°8) jusqu'à le faire disparaître sous 3 ans (CAS) le secteur 2 sans penser qu'il permettait à des médecins de s'installer dans le cœur des villes où les loyers sont beaucoup plus chers ! Résultat ZERO installation sur Paris depuis le début de l'année et la législation sur l'accessibilité va encore vider les centres des villes où la mise aux normes va être difficile, parfois impossible et pénalisante financièrement quand elle sera possible pour les médecins.

Certains pensent qu'ils vont sauver la situation avec des maisons de santé pluridisciplinaires, mais à part quelques rares cas, la déception est grande avec des financements publics arrêtés à la fin d'une année voire même avant que le projet ne soit lancé ! Et comment trouver des volontaires pour venir y travailler en libéral alors que c'est bien l'exercice en libéral qui est rejeté par les jeunes médecins ! Seule solution offrir des postes salariés, mais là il va falloir mettre la main au porte monnaie étant donné qu'il faudra 3 médecins salariés pour remplacer sur 365 jours un libéral !

Et n'oubliez pas qu'en défendant une certaine idée de la médecine, les médecins libéraux défendent un système plébiscité par les français qui ne souhaitent pas d'un système administré avec une disparition de la convention, ou règnerait un hospitalo-centrisme avec ses files d'attente et à côté une médecine libérale uniquement accessible à une minorité.

Alors oui l'exaspération est à son comble et on s'oriente vers une grève dure en fin d'année même si tous n'iront pas forcément avec les mêmes priorités, mais ce n'est pas important, l'essentiel étant qui lèvent le «nez de leur guidon » et fassent entendre leur voix et leurs récriminations dont la liste s'allonge.
Et les pouvoirs publics feraient bien de ne pas sous-estimer ce mouvement, à trop «charger la barque», à trop refuser d'écouter les revendications on aboutit au désespoir et à la violence qui devient le seul langage possible.

Cordialement,

Dr Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP, Médecin Généraliste Lyon 3è,
56 rue Jeanne d'Arc 69003 LYON
Tél: 04 72 33 52 94 Fax: 09 56 76 12 53
mel: mgarrigougran001@cegetel.rss.fr

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