J’ai longtemps hésité à adhérer à un syndicat pluri-catégoriel, ne voyant pas clairement comment il était possible de défendre des professions aux réalités si différentes tout en restant équitable pour chacun.
Avec le temps, il me semble justement que cette diversité est une richesse, à condition de ne pas réduire nos pratiques à des moyennes de revenus qui, par nature, simplifient des situations beaucoup plus complexes.
Certaines activités incluent des contraintes particulières, comme le travail de nuit, les week-ends ou les astreintes, qui participent logiquement à un niveau de rémunération global plus élevé.
D’autres reposent sur des organisations techniques plus lourdes, nécessitant du matériel, des locaux adaptés et l’intervention de plusieurs professionnels de santé. Ces activités sont, à juste titre, valorisées, mais elles mobilisent du temps, des ressources et une organisation qui ne permettent pas toujours d’enchaîner les actes de manière équivalente à d’autres modes d’exercice.
À l’inverse, certaines pratiques reposent principalement sur une activité de journée, avec des organisations différentes et d’autres contraintes, moins visibles dans les données globales.
Dans ce contexte, il devient difficile de comparer des situations qui ne reposent ni sur les mêmes conditions de travail, ni sur les mêmes logiques d’organisation. Les chiffres, pris isolément, peuvent alors nourrir des incompréhensions, voire des oppositions, là où il s’agit en réalité de modèles d’exercice différents.
Se pourrait-il que nous puissions, collectivement, accéder à des données plus fines, distinguant ces différentes composantes — temps de travail, contraintes, organisation — afin d’éclairer nos échanges ? Cela nous permettrait sans doute d’avancer plus sereinement, en dépassant les lectures partielles et les oppositions entre spécialités, et peut-être aussi de mieux identifier les situations réellement sous-valorisées.
On peut aussi s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à maintenir un certain flou dans ces analyses, qui, en entretenant des comparaisons imparfaites, peut contribuer à opposer les uns aux autres plutôt qu’à faire émerger des constats partagés et conduire à l’union des spécialités dans un syndicat qui deviendrait beaucoup plus puissant et représentatif.
Sans clarté, difficile de construire de l’équité. Sans équité, difficile de défendre collectivement nos métiers.