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Les errances de la politique du médicament en France

Publié le 27 février 2016, par Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP

L’affaire de la prescription des Statines de dernière génération et son rebondissement à l’occasion de la mise sur le marché des différents dosages du LIPTRUSET® illustre parfaitement le titre de cet article.

La politique du médicament en France ressemble de plus en plus à une "politique de gribouille" que les médecins prescripteurs ont bien du mal à suivre tant les donneurs de directives pour ne pas dire de leçons, à renforts de décisions et de décrets se contredisent, allant même jusqu’à se prendre les pieds dans les arcanes de leurs contradictions !

Le 18 octobre 2014 j’avais écrit : « Pour l’assurance maladie le médecin est la variable d’ajustement du coût des médicaments » ou comment la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) organise la complexification administrative pour le médecin prescripteur quand le courage politique manque au niveau de l’état pour affronter l’industrie pharmaceutique. L’article est toujours en ligne sur le site Médiapart à l’adresse sous ce lien.

De variable d’ajustement, le médecin prescripteur en est passé à être pris pour un imbécile par les pouvoirs publics. Après nous avoir dit que ces mesures de complexification (demande d’entente préalable avant la prescription de médicaments contre le cholestérol) étaient liées au manque de recul, aux risques de complications… C’est-à-dire à des raisons scientifiques,
Après avoir mis la pression sur l’ensemble des médecins prescripteurs français en leur adressant à l’été 2015 un courrier rédigé par la CNAM et relayé dans chaque département sous la signature du directeur de chaque caisse primaire et de son médecin-conseil chef,
cet argumentaire vient d’être balayé d’un revers de main avec la mise sur le marché du médicament LIPTRUZET® par les laboratoires MSD !
Ce n’est pourtant qu’une association d’EZETIMIBE et d’ATORVASTATINE.
Et je rappelle que l’EZETIMIBE fait partie des molécules relevant d’une demande de prise en charge depuis le décret du 23 septembre 2014, que la molécule soit délivrée seule sous l’appellation EZETROL®, ou en association avec de la SIMVASTATINE, sous le nom commercial d’INEGY® ; le décret est visible sur le site de Légifrance à l’adresse sous ce lien.

Par quel miracle le médicament LIPTRUZET® a-t-il obtenu ce traitement de faveur ? C’est-à-dire :

  • une autorisation de mise sur le marché (AMM),
  • avec un remboursement à 65% par l’assurance-maladie,
  • et sans la fameuse obligation d’entente préalable,

alors qu’il ne bénéficie que d’un ASMR (Amélioration du Service Médical Rendu) de niveau 5 signifiant que le médicament n’apporte rien par rapport aux produits déjà sur le marché.

Ma première idée a été le prix : 1,56 euros de coût journalier. Mais comparé à celui du médicament INEGY® qui est très proche, car associant de la SIMVASTATINE à la place de l’ATORVASTATINE, la différence est minime ce dernier ayant 1 coût journalier même inférieur d’un centime !
Mais à la réflexion la raison de ce "cafouillage" est toute simple : le décret du 23 septembre 2014 en ce qui concerne les associations ne cible que l’EZETIMIBE + SIMVASTATINE ! La logique aurait donc voulu qu’un nouveau décret vienne accompagner la commercialisation d’une nouvelle association avec de l’ATORVASTATINE. Un lobby pharmaceutique serait-il passé par là ?

Tous ces médicaments à base d’EZETIMIBE : EZETROL®, INEGY® et LIPTRUZET® sont fabriqués par le même laboratoire, MSD, aussi, si j’étais à la place du laboratoire ASTRA ZENECA qui commercialise le CRESTOR® (ROZUVASTATINE) également concerné par le décret du 23 septembre 2014 nécessitant 1 demande de prise en charge avant prescription, j’intenterai 1 action contre les pouvoirs publics français pour distorsion à la concurrence :-)

Dr Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP, Lyon 3è, élu Ordinal (69), élu URPS médecin (Auvergne-Rhône-Alpes), CELLULE JURIDIQUE FMF

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