Échographie cardiaque transthoracique : dévalorisation conventionnelle et évolution des besoins médicaux
Deux figures permettent d’éclairer le débat actuel autour de l’échographie cardiaque transthoracique.


Ce débat intervient dans un contexte particulier. Dans le cadre des négociations de l’avenant n°1 à la convention médicale, l’Assurance Maladie demande plusieurs dizaines de millions d’euros d’économies à l’imagerie médicale. L’échographie cardiaque fait partie des actes concernés. En parallèle, des mesures de pertinence sont discutées afin de limiter le recours à certains examens lorsque celui-ci ne paraît pas médicalement justifié.
La Figure 1 retrace l’évolution du tarif de l’échographie cardiaque transthoracique depuis la création de la CCAM. La Figure 2, inspirée des recommandations européennes de cardio-oncologie publiées en 2022, illustre l’évolution du risque cardiovasculaire chez les patients atteints de cancer.
Ces deux figures racontent deux histoires différentes qui se sont pourtant déroulées simultanément.
La Figure 1 montre qu’en vingt ans, l’échographie cardiaque transthoracique a connu une dévalorisation progressive. Coté 95,16 € lors de la création de la CCAM en 2005, l’acte a atteint 96,49 € en 2013 avant de demeurer pratiquement inchangé pendant plus de onze années consécutives. Après une revalorisation limitée à 98,21 € en 2025, les baisses tarifaires engagées conduisent aujourd’hui à un tarif inférieur à celui retenu lors de la création de la nomenclature.
Cette évolution est d’autant plus remarquable qu’elle s’est produite dans un contexte d’inflation importante, d’évolution technologique continue et d’enrichissement constant du contenu médical de l’examen. Car l’échographie cardiaque ne se résume pas à sa valorisation tarifaire.
Examen central de la cardiologie moderne, elle est indispensable à la prise en charge de nombreuses pathologies cardiovasculaires. Mais son champ d’application s’est également enrichi au fil du temps de nouvelles indications directement liées aux progrès réalisés dans d’autres spécialités. La cardio-oncologie en constitue une illustration particulièrement parlante.
Les progrès thérapeutiques réalisés en oncologie ont profondément transformé le pronostic de nombreux cancers. Ils permettent aujourd’hui à davantage de patients de survivre à leur maladie, mais créent également de nouveaux besoins de surveillance cardiovasculaire liés aux traitements reçus. Les recommandations européennes de cardio-oncologie ne décrivent plus le risque cardiovasculaire comme un événement limité à la période d’administration d’un traitement. Elles montrent au contraire un continuum qui débute avant même l’initiation des thérapeutiques, se poursuit pendant leur administration et peut persister pendant de nombreuses années chez les survivants du cancer.
Dans ce contexte, l’échographie cardiaque est devenue un élément essentiel de l’évaluation cardiovasculaire longitudinale de nombreux patients. L’examen lui-même a également évolué. L’amélioration des équipements et le développement d’outils avancés d’analyse ont enrichi son contenu médical. Le Global Longitudinal Strain (GLS), aujourd’hui incontournable dans de nombreuses situations de suivi cardio-oncologique, illustre cette évolution des pratiques et des compétences requises.
Les deux figures doivent donc être lues ensemble. La Figure 1 illustre la dévalorisation conventionnelle progressive de l’échographie cardiaque transthoracique. La Figure 2 illustre au contraire l’élargissement continu de sa valeur médicale à travers l’émergence de nouveaux besoins de surveillance liés aux progrès thérapeutiques.
Le paradoxe est que ces deux évolutions se sont produites simultanément. C’est précisément ce paradoxe qui pose aujourd’hui la question de l’interprétation des volumes d’activité.
Quand une augmentation d’activité traduit-elle une dérive ?
Les mesures de pertinence actuellement discutées visent à identifier les situations dans lesquelles un examen peut être évité sans altérer la qualité des soins. Cette démarche est légitime. Encore faut-il disposer de tous les éléments permettant d’interpréter correctement les évolutions observées.
Quelle part de l’augmentation de l’activité d’échographie cardiaque observée au cours des vingt dernières années est liée au vieillissement de la population ? Quelle part résulte de l’amélioration du dépistage et de la prise en charge des maladies cardiovasculaires ? Quelle part est liée aux nouvelles recommandations scientifiques ? Quelle part, enfin, est directement liée aux besoins de surveillance créés par les progrès thérapeutiques eux-mêmes ?
Ces questions sont rarement abordées alors qu’elles conditionnent pourtant l’interprétation des chiffres.
Avant de considérer qu’une augmentation d’activité constitue une dérive, encore faut-il démontrer qu’elle ne correspond pas à des besoins nouveaux créés par les progrès de la médecine.
Les innovations thérapeutiques génèrent rarement uniquement le coût du traitement initial. Elles créent également des besoins de surveillance, de prévention et de suivi qui participent à leur efficacité et à leur sécurité. La cardio-oncologie en constitue aujourd’hui une illustration particulièrement claire. Une approche strictement segmentée des dépenses peut alors conduire à considérer séparément des éléments qui, du point de vue du patient, relèvent pourtant d’un même parcours de soins.
L’exemple de l’échographie cardiaque transthoracique rappelle que la soutenabilité financière du système de santé et l’adaptation de l’offre de soins aux progrès de la médecine ne sont pas toujours spontanément alignées. À mesure que les innovations thérapeutiques transforment les parcours de soins, la question ne sera plus seulement de mesurer ce que coûtent les progrès médicaux. Elle sera aussi de comprendre les besoins nouveaux qu’ils créent.
Car une augmentation d’activité n’est pas nécessairement le signe d’une dérive. Elle peut être, tout simplement, la conséquence des progrès de la médecine et des nouveaux besoins de santé qu’ils font émerger.
Références
- Lyon A.R., López-Fernández T., Couch L.S., et al. 2022 ESC guidelines on cardio-oncology developed in collaboration with the European Hematology Association (EHA), the European Society for Therapeutic Radiology and Oncology (ESTRO) and the International Cardio-Oncology Society (IC-OS) Eur Heart J. 2022;23(10):e333–465.
- Andres M.S., Murphy T., Poku N., Nazir M.S., Ramalingam S., Baksi J., Jarman J.W.E., Khattar R., Sharma R., Rosen S.D., et al. The United Kingdom’s first cardio-oncology service: A decade of growth and evolution. Cardio Oncol. 2024;6:310–312.