En France, la rémunération de l’anesthésie libérale repose principalement sur la CCAM et reste largement attachée à l’acte chirurgical. Or une anesthésie ne se résume pas à un code : elle mobilise un médecin pendant une durée réelle, auprès d’un patient dont le risque et la complexité peuvent varier considérablement. Deux interventions identiques sur le papier peuvent ainsi représenter des charges de travail et des responsabilités radicalement différentes.
La France n’est pas le seul modèle possible
Aux États-Unis, la rémunération de l’anesthésie repose sur un système d’unités associant la valeur de base de l’acte et le temps d’anesthésie, auxquels peuvent s’ajouter certains modificateurs. Le facteur de conversion varie selon le payeur. Le principe essentiel est clair : la durée de mobilisation de l’anesthésiste participe directement à la rémunération.
En Australie, le Medicare Benefits Schedule utilise un Relative Value Guide (RVG) spécifiquement consacré à l’anesthésie. Le calcul combine la complexité de la procédure et le temps réellement consacré au patient. Jusqu’à deux heures, chaque tranche de 15 minutes constitue une unité de temps ; au-delà de deux heures, les unités sont comptabilisées par tranches de 10 minutes. Les horaires de début et de fin doivent être tracés. C’est une démonstration concrète qu’un système national d’assurance maladie peut reconnaître explicitement le temps anesthésique sans renoncer à une nomenclature structurée.
En Suisse, depuis le 1er janvier 2026, la tarification médicale ambulatoire repose sur TARDOC et des forfaits ambulatoires, qui ont remplacé TARMED. Le cadre suisse autorise plusieurs logiques tarifaires : rémunération fondée sur le temps consacré, tarification à la prestation par points et forfaits. Les tarifs sont négociés entre assureurs et fournisseurs de prestations. Ce modèle montre qu’il est possible d’articuler prestation, temps et forfaitisation dans un système régulé.
En Belgique, les anesthésistes exerçant dans le secteur privé ou hospitalier facturent dans le cadre de la nomenclature INAMI, dont un article spécifique est consacré à l’anesthésiologie. À chaque prestation correspondent des honoraires et des montants de remboursement. La Belgique a d’ailleurs engagé une réforme structurelle de sa nomenclature afin de mieux distinguer la rémunération du travail médical des coûts liés à la prestation et de corriger certaines incohérences entre spécialités.
Au Royaume-Uni, dans le secteur privé, les honoraires de l’anesthésiste consultant sont distincts de ceux du chirurgien et de l’établissement, même s’ils peuvent être intégrés dans certains forfaits « self-pay ». Pour les patients assurés, la prise en charge dépend du contrat de l’assureur et un reste à charge peut exister. Les honoraires d’anesthésie privée font désormais l’objet d’une information spécifique et peuvent être présentés séparément selon les actes et les modalités de prise en charge.
En Allemagne, les prestations médicales privées sont facturées sur la base de la GOÄ, la nomenclature officielle des honoraires médicaux privés. L’anesthésie dispose de prestations spécifiques et certaines techniques non suffisamment décrites peuvent faire l’objet de valorisations analogiques. Le niveau de rémunération peut également être modulé, dans le cadre réglementaire, en fonction de la difficulté et des circonstances de la prestation.
La proposition de la FMF pour les anesthésistes Français : ACTE + TEMPS + COMPLEXITÉ
- ACTE — Conserver la CCAM comme socle national, avec un tarif anesthésique de base associé à l’intervention et intégrant une durée de référence.
- TEMPS — Au-delà de cette durée de référence, rémunérer chaque tranche supplémentaire de 15 ou 30 minutes. Le temps médical réellement mobilisé doit enfin avoir une valeur.
- COMPLEXITÉ — Ajouter des modificateurs objectifs pour les patients à haut risque, les comorbidités sévères, les urgences, le monitorage invasif, certaines techniques complexes et les prises en charge périopératoires particulièrement lourdes.
Arrêtons de considérer le temps médical comme gratuit
Les comparaisons internationales montrent qu’il existe plusieurs façons de rémunérer l’anesthésie libérale. Certains pays valorisent explicitement le temps, d’autres combinent nomenclature, unités, facteurs de complexité, négociation avec les assureurs ou honoraires privés. La France ne doit pas copier aveuglément un modèle étranger. Elle doit construire le sien en retenant ce qui fonctionne ailleurs.
ACTE + TEMPS + COMPLEXITÉ
Nous demandons l’ouverture d’une véritable réflexion conventionnelle sur la valorisation de l’anesthésie. La traçabilité informatique des horaires existe déjà dans les blocs opératoires : l’argument de la complexité technique ne tient plus. Une CCAM anesthésique rénovée peut être à la fois juste pour les médecins, transparente pour l’Assurance Maladie et soutenable pour la collectivité.
Rémunérer le temps et la complexité n’est pas demander un privilège.
C’est reconnaître la réalité du travail, de la responsabilité et de l’engagement médical.
Références:
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- USA CMS (Centers for Medicare & Medicaid Services)
- Australie : Medicare Benefits Schedule / Services Australia – Relative Value Guide for Anaesthesia.
- Suisse : Office fédéral de la santé publique – TARDOC et forfaits ambulatoires depuis le 1er janvier 2026.
- Belgique : INAMI – Nomenclature, article 12 Anesthésiologie, et réforme structurelle de la nomenclature.
- Royaume-Uni : Private Healthcare Information Network (PHIN) – honoraires des consultants anesthésistes dans le secteur privé.
- Allemagne : Bundesärztekammer – Gebührenordnung für Ärzte (GOÄ), section consacrée aux prestations d’anesthésie.