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Tracing Covid19 : CPAM 1 - Médecine libérale 0

Publié le 9 mai 2020, par Lara Valentin

Lorsque je reçois le courrier de la sécurité sociale, je ne m’attends pas à cette avalanche de coups, mais à lire un nouveau listing des recommandations liées au COVID et à sa gestion. Devenus en peu de temps, ma routine, notre routine.
En aucun cas, une missive de ce type.

Je vais tâcher de reprendre point par point pour ne pas perdre le fil de ma pensée, partir en digression et/ou perdre en clarté.

Tout commence par une introduction. Toujours.

Énoncé d’une problématique et de propositions. Jusque-là, pas de surprise.
Le médecin généraliste est et reste le premier maillon de la chaîne de prise en charge.
Rien de plus normal, cette fonction de premier recours est inscrite dans les gènes de la profession.

DETECTION, INFORMATION, SIGNALEMENT

Le premier coup vient de l’implication qui est demandée pour la détection des cas contacts. Je m’interroge.
Détection des cas contacts pour identification. Quelque chose me chiffonne dans cet énoncé. Mais ne voulant pas m’inscrire en faux et entrer en opposition systématique, je poursuis ma lecture. Je suis rapidement éclairée.
Définition des cas contacts et modalités de fichage. Tout est parfaitement détaillé.
Le médecin généraliste devra recueillir : « nom , prénom, NIR (numéro de sécurité sociale), adresse, coordonnées téléphoniques et adresse mail » des cas contacts résidant au domicile du patient. Rien que cela ? Je reprends mon souffle... (Passons le fait que l’adresse est forcément la même)

Le second coup arrive, les « personnes ayant eu contact avec le patient dans les 48 heures précédant l’apparition des premiers symptômes » devront également être identifiées. Je change de casquette ! Enquête.
Vaine tentative pour adoucir ma peine via une suggestion de délégation de cette besogne à la plateforme départementale de la sécurité sociale.
Un médecin va donc répertorier l’ensemble des patients potentiels ?
En indiquant leur coordonnées précises ? Est-ce légal ? Éthique ? Déontologique ?

Nous sommes en situation exceptionnelle, certes. Mais tout ceci est-il acceptable ?
Déclarer le cas index me semble indispensable. Effectuer un recensement de ce type, j’en doute. N’existe-il pas déjà des structures dédiées et encadrées sur le plan législatif pour la gestion des maladies à déclaration obligatoires ? Système non transposable au Covid ?

Ce qui est certain, par contre, est que tout est déjà pensé et mis en place en un temps record. Le site de la sécurité sociale est prêt et dénommé « contact Covid ». J’ai un frisson !

Tout est fait pour nous faciliter la tâche : site internet donc, possibilité d’échelonner le remplissage sur 24 heures, téléservice disponible avec et sans CPS (carte de professionnel de santé), c’est fantastique !!
Notons que certains actes du quotidien ne le sont pas. Pour exemple : Arrêt de travail, déclaration de grossesse, protocole de soin ALD ne sont accessibles qu’avec CPS !! Quand on veut, on peut semble-t-il …Et nous sommes même autorisés à déléguer…
Je subodore la notion d’un travail administratif supplémentaire pour une profession d’ores et déjà débordée, sinistrée… Le gouvernement en serait-il, par hasard, secrètement conscient ?

Les agents de la sécurité social interviendront en seconde ligne et mettront en place une prise en charge complète. Ils ont été étiquetés « brigade sanitaire » par les instance dirigeantes. Brigades. Connotation dérangeante s’il en est.

Le troisième assaut, l’identité du cas index peut ne pas être révélé. Que penser encore une fois ? Bien ! le secret médical est préservé !
Mais imaginez recevoir un appel indiquant que vous avez peut-être été contaminé.
Que vos coordonnées ont été fournies par un malade à la sécurité sociale et donc à l’Etat. Mais ne pas pouvoir savoir qui. Quelle angoisse !
Depuis quand suis-je potentiellement malade ? Qui ai-je contaminé moi-même ? Et pointe un sentiment de suspicion, d’insécurité… Est-ce un acte de malveillance à mon égard ? Délation ? Second frisson.

Liberté individuelle versus sécurité sanitaire.

Pourquoi, cette pathologie n’est-elle pas inscrite au registre des maladies à déclaration obligatoire avec remplissage d’une simple fiche de notification à l’image de la méningite et/ou du VIH ? Il n’a jamais été demandé pour cette dernière par exemple de donner les noms et domiciliations d’éventuels partenaires.
La gestion du Covid nécessite-t-elle vraiment un traitement spécifique ?

Je ne parlerai pas ici de l’appui par des « structures extérieures volontaires » mises en place par les professionnels eux même. Je ris jaune. Nouvelle fonction ! Secret médical partagé ? Protection des données ? Qui ? Comment ? Accréditation ? J’en ai mal au crâne. « […] sera rapidement précisé »

REMUNERATION

Passons à la rétribution financière. Parce que « tout travail mérite salaire ».

Tout est très clair. Paiement à l’efficience.
Test positif : Parfait. Autorisation de codage de majoration.
Test négatif : Zéro euros.

Ce conditionnement d’obtention de majoration pour « consultation initiale du patient et mise en place d’une stratégie thérapeutique » signifie, selon moi, que l’ensemble du travail supplémentaire fourni de dépistage primaire, recueil de données, prescription de tests aux proches, éducation... etc ne vaut rien aux yeux de la sécurité sociale en cas de test négatif (je ne reviens pas non plus sur les faux négatifs).

Il y aura donc autant de temps passé, mais une rémunération à l’objectif !
Notre prise en charge est foulée au pied, méprisée. Je vis cette partie du texte comme une insulte à la profession. Vous pouvez travailler mais ne serez payé que si c’est authentifiable par les chiffres. L’éducation et la prévention peuvent donc être qualifiées d’inutiles et donc gratuites ? L’argent n’est pas le problème. Ici, on nous dit clairement que seuls les chiffres comptent. Uppercut.

Ensuite on revient sur le pratico-pratique. Le fameux recueil. Nommé « contact tracing ». Je suis au sol...

Deux euros pour un travail incomplet, quatre pour les plus consciencieux !
Humiliation ? Mépris ? Condescendance ? les mots me manquent. Sommes-nous sots à ce point ? Aveugles ?
Allons-nous nous laisser embrigader pour 2 hypothétiques euros ?
Et surtout, ne vous inquiétez pas : la sécurité sociale vous envoie un délégué pour vous expliquer tout cela.

INSTANCES

Je n’ai aucune compétence en droit médical, ni droit constitutionnel. Je suis cependant heurtée et interloquée. Peut-être à tort me direz-vous ?
Besoin d’explications pour discerner.

« Le conseil de l’ordre exhorte le gouvernement à préciser le rôle du médecin dans ce recensement. Sans ces précisions, les médecins ne pourront pas remplir pleinement leur rôle(...) contre le virus. »

Le gouvernement a été avisé à plusieurs reprises.
Silence.
Je suis dans l’attente. KO

L.V

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