Point-hebdo FMF du 16-05-2026

Chers amis,

Une fois n’est pas coutume, je vais vous faire un petit cours d’histoire aujourd’hui, sur la Formation Médicale Continue (FMC) pour les médecins libéraux.

L’entretien de ses connaissances est une obligation déontologique, et attester d’une formation par un organisme agréé officiellement est aussi obligatoire depuis 1995. Les deux dispositifs d’agréments officiels sont à ce jour l’ANDPC et le FAF.

1/ L’ANDPC : Agence Nationale pour le Développement Professionnel Continu.

Elle est abondée par une dotation de l’Assurance-Maladie appelée « Fonds Conventionnels » et par une taxe de l’industrie pharmaceutique. La dotation de la Caisse implique que le DPC est réservé aux professionnels conventionnés. Les médecins non conventionnés en sont donc exclus, mais aussi les remplaçants ce qui n’a pas toujours été le cas et émane d’une interprétation très restrictive de l’ancienne Directrice de l’ANDPC en 2021.

Initialement, cette FMC conventionnelle faisait partie des avantages accordés aux médecins en échange d’honoraires plus bas que la moyenne européenne, au même titre que la prise en charge des 2/3 des cotisations maladie et ASV (Avantage Supplémentaire Vieillesse) pour les médecins en secteur 1 (S1). Nous avions alors droit à 5 jours annuels, voire 7 pour les médecins généralistes dits « référents » (cela rappellera des souvenirs aux plus anciens d’entre nous) de formation gratuite et indemnisée pour perte de revenus. L’indemnisation correspondait à 15 consultations par jour.

La gestion se faisait par l’OGC (Organisme Gestionnaire Conventionnel), géré réellement de façon paritaire entre administratifs et syndicats médicaux. Et surtout les formations étaient dispensées par des associations de médecins libéraux, proches des syndicats ou indépendantes (85 associations).

En 2012, l’OGC a été remplacée par l’OG-DPC pour gérer la formation de l’ensemble de professionnels de santé conventionnés. Les médecins ont donc été noyés parmi les autres, mais globalement les conditions sont restées les mêmes.

Le grand tournant est venu en 2016, avec l’arrivée de l’ANDPC en remplacement de l’OGDPC. Même si la gestion est censée être restée paritaire, clairement les médecins n’ont plus eu leur mot à dire, c’est la Directrice administrative, nommée par le Ministère, qui a décidé de tout, avec pour seul objectif : baisse des coûts. On a ainsi vu :

  • Limitation drastique des thèmes possibles, décidés non plus par la profession mais par tout un tas d’administratifs
  • Diminution du nombre de jours indemnisés de 5 à 3 jours annuels (21H)
  • Baisse des indemnisations, alors même qu’elles auraient dû augmenter en fonction du tarif de la consultation. On a ainsi vu des formations en ligne payées 22 euros/heure (en honoraires, soit moins qu’une femme de ménage au final) !
  • Suppression de l’indemnisation les dimanches et jours fériés
  • Exclusion des remplaçants
  • Fermeture brutale des inscriptions en fin d’année, au gré des prévisions budgétaires

Et surtout la porte a été ouverte aux sociétés commerciales. Vous savez celles qui vous dérangent régulièrement au téléphone pendant vos consultations en vous mettant la pression ++ pour vous inscrire à tel ou tel programme, alléguant une obligation urgente à remplir. Les mêmes qui vous inscrivaient parfois même sans votre accord. Et qui vous menacent de suites juridiques (qu’elles n’hésitent pas à mettre en œuvre) au cas où finalement vous ne participez pas mais refusez de payer le prix de la formation.

Bref vous l’avez compris, au final l’Assurance-Maladie nous refuse des honoraires décents mais paie indirectement ces sociétés commerciales via la dotation ANDPC. Car ces commerciaux sont bien plus outillés que les associations de médecins pour répondre au cadre devenu totalement rigide de l’ANDPC et mangent plus de 80% du budget ANDPC.

2/ Le FAF-PM : Fonds d’Action de Formation Professions Médicales

Le FAF-PM existe depuis 1993, à destination de l’ensemble des médecins libéraux qui payent une cotisation annuelle obligatoire recouvrée par l’URSSAF (120 euros en 2025). Il s’agit en fait d’une branche spécifique du FIF-PL qui gère la formation de l’ensemble des professions libérales.

Son budget est uniquement constitué de ces cotisations, et il est géré exclusivement par des médecins libéraux désignés par les syndicats représentatifs. Gérer, cela signifie :

  • Agréer les organismes dispensant les formations, qui doivent tous avoir une gouvernance constituée de médecins libéraux
  • Valider chaque programme par des experts en pédagogie
  • Accepter tout sujet qui concerne l’exercice médical, à condition de promouvoir des recommandations officielles
  • S’adapter aux actualités médicales : exemple des sujets Covid dès 2020

Les formations sont gratuites pour les médecins participants, mais non indemnisées. Jusqu’à présent leur nombre n’était pas limité, car le budget du FAF suffit à payer toutes les formations des médecins qui le souhaitent.

Pourquoi je vous parle de tout ça aujourd’hui ? Parce que d’importantes réformes sont en cours, qui spolient petit à petit les médecins de leurs choix de formations.

Concernant le FAF d’abord. Le gouvernement ne voit pas d’un bon œil sa gestion autonome et veut le noyer le grand bac France Compétences : pourquoi garder ce qui fonctionne, alors qu’on peut étendre ce qui coûte cher et ne marche pas ? Il a déjà préempté une partie de nos cotisations pour alimenter nos Comptes Personnels de Formation (CPF), alors que les médecins n’ont quasiment pas accès à ces formations. En effet ces formations doivent donner lieu à un diplôme ou une qualification, qui ne peuvent pas être reconnues par l’Ordre car non universitaires. Faute d’utilisation ces budgets virtuels retournent alors à l’URSSAF.

Par-dessus cela, la Cour des Comptes s’indigne que les formations FAF ne sont en réalité utilisées que par 30% des médecins libéraux. On a eu beau expliquer que les libéraux n’ont pas d’employeur pour les obliger à suivre telle ou telle formation, le gouvernement exige que le panel de médecins s’élargisse, faute de quoi le FAF sera dissous. C’est pourquoi le Bureau du FAF a dû se résoudre à limiter les budgets des participants à 10 demi-journées par an, afin d’en laisser pour d’éventuels nouveaux arrivants.

Concernant l’ANDPC, elle va disparaître car le DPC doit intégrer la Certification périodique, ce qui est logique. Nous espérions en profiter pour en améliorer l’efficacité, c’est-à-dire :

  • Redonner aux médecins la main sur les thèmes et des contenus des formations, via les Comités Nationaux Professionnels (CNP), qui sont les Collège de Médecine Générale (CMG) pour les généralistes et la Fédération des Spécialités Médicales (FSM) pour les autres spécialistes
  • Exclure des sociétés commerciales parasites

Or cette réforme se profile mal, car le gouvernement nous propose que la HAS soit la seule caution scientifique des programmes (persuadé qu’un bon médecin est un médecin qui suit les recos de la HAS, point), et que la gestion financière soit donnée à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), celle-là même qui gère actuellement le CPF des salariés en ayant laissé s’installer d’énormes escroqueries de sociétés qui ont pris le budget sans jamais fournir de formations.

Maintenant que vous savez tout cela, ce que je vous demande, c’est :

  • De vous inscrire à au moins 1 formation FAF-PM en 2026. Il y en a pour tous des goûts et à tous les formats, de 1H30 en visio à 14H en présentiel, en passant par les groupes d’échanges de pratiques ou les voyages en pays anglophones pour l’anglais médical. Au-delà d’un moment utile et agréable, vos contribuerez à élargir le nombre de médecins différents formés, exigence de la Cour des Comptes. Vous trouvez ces formations sur le site du FAF-PM FAF PM : Fonds d’Assurance Formation de la Profession Médicale?
  • De ne JAMAIS donner suite aux appels téléphoniques sur la formation. Seules les sociétés commerciales utilisent ce procédé. Faites vos formations DPC auprès d’organismes locaux que vous connaissez ou d’organismes nationaux inscrits au FAF (qui sont aussi agréés DPC) : Liste des organismes de formation habilités par le FAF PM – FAF PM Vous êtes certains d’avoir des formations conçues par et pour des médecins.

Pour info, l’association de FMC proche de la FMF est l’A2FM.

Je sais que ce Point Hebdo est un peu long, mais vous voulez peut-être avoir des nouvelles fiables de la situation liée au Hantavirus en France. Le Ministère de la Santé a organisé une réunion le 13 mai à destination des professionnels de santé. Je dois dire réunion intéressante, laissant la part aux questions, avec des décisions basées sur un substrat scientifique.
Présentation du virus : le hantavirus est connu ; il ne s’attrape que par contact avec des déjections de rongeurs (rats essentiellement), sauf pour la souche Andes, seulement présente en Amérique du Sud, qui peut se transmettre entre humains, avec des clusters réguliers dans cette partie du monde. La transmission semble cependant limitée puisque dans un mariage par exemple, seuls les convives d’une même table ont été contaminés.
Hantavirose : incubation longue, 3 à 4 semaines, pouvant aller jusqu’à 6 semaines. Début brutal par un syndrome grippal marqué, suivi en quelques jours d’une pneumopathie avec OAP car le virus a un tropisme endothélial vasculaire. A noter que la souche européenne, surtout présente dans l’est de la France provoque plutôt un syndrome hépato-rénal. La contagiosité n’apparaît qu’avec les symptômes et une PCR positive. Ni l’âge ni les comorbidités ne semblent jouer sur la gravité. Il n’existe pas de traitement, pas de vaccin.

Situation en France (le 13/05/2026) : la France a privilégié la précaution maximale en isolant :

  • les 5 personnes du bateau : hospitalisées ;
  • les 8 personnes du vol avec la patiente contaminée : hospitalisées ;
  • et les 14 personnes en potentiel contact avec la patiente décédée qui était montée dans l’avion mais en était ressortie avant le décollage car se sentait trop mal : hospitalisées.

A ce jour il n’y a pas de risque d’épidémie puisque les personnes potentiellement contaminantes sont toutes isolées et qu’il n’y a pas d’autre réservoir de hantavirus Andes en France.
Donc aucune précaution particulière pour la population ni pour les professionnels de santé. Pas de modification de notre prise en charge devant un syndrome grippal.
Il existe une FAQ sur le site du gouvernement : https://sante.gouv.fr/actualites-presse/actualites-du-ministere/article/foire-aux-questions-sur-l-hantavirus-andes

J’aurais d’autres sujets à développer, notamment la Loi Garot qui revient pour un vote au Sénat en juin, mais je vous en parle au prochain Point Hebdo.

Je vous souhaite une bonne semaine.