La désunion syndicale, talon d’Achille des médecins libéraux

Les syndicats de médecins libéraux devraient être des lieux de rassemblement, de cohésion et de défense collective de l’exercice libéral. Ils devraient porter une parole commune, forte, lisible et crédible face aux pouvoirs publics. Or, la réalité actuelle est tout autre : le paysage syndical médical ressemble de plus en plus à une addition de stratégies individuelles sans vision partagée ni cap collectif clairement assumé.

Ces dernières semaines, des initiatives pourtant pertinentes, portées par jeunes médecins Île-de-France sous l’impulsion de leur président, et visant à structurer et faciliter la mobilisation autour de la grève de janvier 2026, auraient dû fédérer largement. Elles ont au contraire suscité des réactions hostiles, parfois disqualifiantes. Plutôt que d’alimenter une dynamique collective, elles ont été perçues comme des menaces concurrentielles. Cette attitude traduit une logique défensive, dictée par la peur de perdre en visibilité, en influence ou en attractivité électorale, notamment auprès des jeunes générations. Ce repli sur soi, fondé sur des calculs de positionnement plutôt que sur l’intérêt général de la profession, constitue un contresens stratégique majeur.

Dans le même temps, certaines organisations syndicales se permettent de publier des prises de position au nom des médecins libéraux sans aucune concertation préalable. D’autres refusent toute divergence, comme si leur ancienneté ou leur poids institutionnel leur conféraient un monopole de la légitimité syndicale. Il arrive même que des organisations représentatives soient volontairement écartées des échanges. Ces pratiques minent la confiance, affaiblissent la parole collective et discréditent l’action syndicale.

À cette dérive s’ajoute une fragmentation extrême du paysage syndical médical : syndicats polycatégoriels, monocatégoriels, structures spécifiques de jeunes médecins, organisations parallèles ou concurrentes. Chacun défend son périmètre de confort, son agenda et sa visibilité. Cette dispersion rend la médecine libérale illisible pour les pouvoirs publics et le grand public, affaiblit sa représentativité et neutralise toute capacité réelle de rapport de force.

La comparaison avec le monde du travail est sans appel. En France, quelques grandes confédérations structurent la représentation de plus de 30 millions de travailleurs. À l’inverse, moins de 230 000 médecins — dont environ la moitié exercent en libéral — sont représentés par une multitude de syndicats concurrents, dans le secteur libéral comme dans le secteur public. Une telle dispersion est sans équivalent dans le champ social.

Pendant que la profession se divise, l’État avance. Les réformes structurelles du système de santé se multiplient, et les premières victimes en seront les patients. Le médecin libéral est désormais présenté comme l’un des responsables du déficit de la Sécurité sociale, au prix d’une lecture simpliste et fallacieuse de la réalité économique et sanitaire.

Les médecins, comme le reste de la population, dénoncent volontiers les divisions de la classe politique. Pourtant, ils en reproduisent trop souvent les travers : rivalités internes, jeux d’influence, absence de stratégie commune et incapacité à faire front uni. Cette situation est d’autant plus préoccupante que ce sont les jeunes médecins, et non les appareils syndicaux en fin de cycle, qui paieront le prix de l’effondrement de l’exercice libéral.

Une vieille histoire orientale illustre parfaitement la situation :
Un lion voulait dévorer trois taureaux — un blanc, un rouge et un noir. Tant qu’ils restaient unis, le lion était repoussé. Un jour, il convainquit les taureaux rouge et noir de le laisser dévorer le taureau blanc, promettant de les épargner. Ils acceptèrent. Puis il fit de même avec le taureau noir. Ainsi naquit le proverbe : « J’ai été dévoré le jour où j’ai laissé dévorer le taureau blanc. »

La FMF demeure fermement attachée au principe de l’unité syndicale et à l’intégration pleine et entière des jeunes médecins, car ce sont eux qui seront les premiers et les plus durablement impactés par les réformes en cours et à venir.
Sans sursaut collectif, sans volonté sincère d’unité et sans implication réelle des jeunes générations dans la construction syndicale, les syndicats de médecins libéraux resteront divisés, inefficaces et progressivement marginalisés — au détriment de la profession et, in fine, des patients.