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Entretien avec Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président de la FMF

Publié le 24 octobre 2013, par Jean-Paul HAMON

Le Dr Jean-Paul Hamon*, président de la Fédération des Médecins de France, nous a accordé une longue interview à la maison de garde de Clamart, où il va bientôt fêter ses 40 années d’exercice médical libéral.


Stratégie nationale de santé : "Il faut davantage valoriser la médecine libérale !"

VIDAL : La stratégie nationale de santé prévoit "une révolution du premier recours", avec pour la première fois une prévision de dépense pour les soins en ville supérieure à celle prévue pour l’hôpital. Qu’en pensez-vous ?
Dr Jean-Paul Hamon : Nous avons été particulièrement déçus par la stratégie nationale de santé, parce que nous voyons bien qu’aucune mesure n’est prise pour régler le véritable problème qui est la chute de la démographie de la médecine libérale. Il faut savoir que 7000 médecins salariés vont partir à la retraite, chaque année pendant 10 ans. Ces 7000 médecins vont être remplacés par l’intégralité des médecins diplômés qui sortent de la fac, si l’on ne fait rien de façon très lourde et significative pour valoriser l’exercice libéral.

VIDAL : Comment davantage valoriser la médecine libérale ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faut donner des moyens aux médecins libéraux et arrêter de leur taper dessus. Donner les moyens, c’est quoi ? C’est prévoir un "forfait structure", c’est-à-dire permettre que les médecins puissent travailler dans de bonnes conditions.
Le forfait structure reviendrait à restaurer l’ancien forfait référent qui a été supprimé par Michel Chassang et Dino Cabrera (alors président du Syndicat des médecins libéraux). Cet ancien forfait référent permettait un secrétariat, une informatique communicante et permettait d’organiser la coordination des soins. Cela coûtait environ 50 à 60 euros par patient et par médecin. Cela équivaut à 50 - 60 000 euros versés à chaque médecin pour embaucher, communiquer et travailler correctement.

VIDAL : Pourquoi la possibilité de renforcer le secrétariat médical est-elle prioritaire ?
Dr Jean-Paul Hamon : Parce que le temps administratif du médecin s’alourdit : nous passons du temps à remplir des papiers, à remplir des protocoles. De plus, les patients ont changé : il y a 30 ans, il y avait un secrétariat téléphonique, mais les patients se déplaçaient pour prendre rendez-vous. Il y a désormaisd une pression pour prendre des rendez-vous sur internet. Les secrétaires passent beaucoup de temps au téléphone, remplissent les dossiers administratifs… Donc le temps du secrétariat s’est alourdi.
Rappelons que les médecins français ont en moyenne 0,4 salarié par médecin, alors que les médecins européens en ont en moyenne 2,3. Et donc si l’on voulait créer 100 000 emplois en France, non délocalisables et qui payent des charges sociales, les médecins travailleraient dans de meilleures conditions et créeraient de l’emploi. Les 4 milliards que cela coûterait seraient remboursés pour moitié par les charges sociales.

VIDAL : La stratégie nationale de santé prévoit de mieux rémunérer le travail pluridisciplinaire. Faut-il aussi augmenter le prix des consultations ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faut revaloriser la médecine libérale, faire en sorte que les médecins ne continuent pas à travailler pour 23 ou 28 euros par consultation. Il faut reconnaître que l’acte médical coûte au minimum 50 euros. On attend que la valeur des actes soit rémunérée à sa juste valeur. Nous n’attendions pas une campagne indigne sur les dépassements d’honoraires sans qu’il soit reconnu que les actes remboursés par la sécurité sociale sont loin du coût réel de la pratique. Voilà ce que l’on attendait.

VIDAL : Comment valoriser l’exercice libéral pendant les études médicales ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il faudrait que les étudiants de troisième cycle, c’est-à-dire ceux qui vont sortir des facultés de médecine dans 3 ans, aient un stage d’1 an en situation de responsabilité, en libéral. Ce stage pourra être en médecine générale, en médecine spécialisée, mais également sur des plateaux techniques lourds.

VIDAL : En pratique, comment procéder pour faire ces modifications de cursus ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il suffit de déplacer un petit peu les Migacs (Missions d’intérêt général et à l’aide à la contractualisation) et de donner les moyens aux médecins libéraux d’accueillir des internes pour que l’on change les mentalités. Cela fera bien plus pour régler les problèmes de communication entre la ville et l’hôpital que tous les réseaux ville-hôpital. Ces réseaux sont en fait des réseaux hospitaliers qui ne font strictement rien. Cela fait 18 mois que la ministre est là, c’est une mesure qui aurait pu porter ses fruits en 3 ans, on a perdu 18 mois, dépêchons-nous.

VIDAL : Ce forfait structure, la revalorisation des actes libéraux et la réforme des études ne risquent-ils pas de creuser davantage les déficits ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il y a 10 milliards de marge, d’économies à faire sur l’industrie pharmaceutique, 20 milliards sur l’hôpital et il y a 5 milliards à investir sur les médecins libéraux. Moyennant quoi nous pourrions retrouver des médecins libéraux qui sont sur le territoire, redonner envie aux jeunes diplômés d’exercer en libéral, et faire en sorte que l’on mette la sécurité sociale à l’équilibre, puisque nous coûtons trois fois moins cher que l’hôpital. Pour nous, le déficit n’est pas une fatalité, mais il faut avoir le courage de prendre ces décisions.

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Stratégie nationale de santé et tiers payant, prévention, DMP :
"des effets d’annonce"

VIDAL : Les premiers contrats de PTMG (Praticiens territoriaux de médecine générale) ont été signés. Est-ce un bon début ?
Dr Jean-Paul Hamon : En ce qui concerne les PTMG, il y a actuellement 6 contrats de signés, dont 2 que je connais, qui étaient déjà installés. Si l’objectif est de montrer que l’on peut faire signer 200 contrats en France à des médecins installés.. Je ne pense pas que l’on va remplir les déserts médicaux avec cette mesure, alors que l’on ne s’est même pas préoccupé de l’organisation de la permanence des soins dans les zones démographiquement faibles. Quand on sait que la permanence des soins est un frein à l’installation et que cela fait fuir les médecins déjà installés, je ne pense pas que les PTMG ont un bel avenir, ou en tout cas ce n’est pas cela qui va régler les problèmes des déserts médicaux en France.

VIDAL : Que pensez-vous de la priorité donnée à la prévention ?
Dr Jean-Paul Hamon : On nous a fait des effets d’annonce, avec le tiers payant, avec le DMP, avec les maisons de santé pluridisciplinaires, avec la prévention.... On ose parler de prévention, mais on voit bien que la prévention prépare la mise en place des réseaux de soins, parce que les pathologies chroniques coûtent cher : le diabète, l’asthme, l’hypertension…

Par contre, en France, si on doit faire de la prévention : 50 % de femmes n’ont jamais un seul frottis vaginal. Faisons en sorte que les médecins généralistes, les gynécologues, puissent s’impliquer dans un dépistage systématique pour un élargissement de la population aux frottis. C’est scandaleux que 50 % des femmes n’aient jamais un seul frottis. C’est scandaleux de penser que l’on ait pu économiser 30 millions d’euros sur le frottis, comme l’a fait le directeur de la CNAM lors des dernières négociations conventionnelles alors qu’on dépense généreusement 300 millions d’euros dans un vaccin dont l’efficacité est largement douteuse..

VIDAL : A propos de la CNAM, que pensez-vous des services d’accompagnement des patients comme Sophia Diabète, qu’elle organise ?
Dr Jean-Paul Hamon : Sophia coûte officiellement 34 millions d’euros. Avec cette somme, on aurait pu payer 5 consultations de médecins généralistes ou diabétologues pour chaque patient. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Pourquoi la sécurité sociale se pose en organisateur de soins ? Combien de temps allons-nous tolérer cela ? Les PRADO [NDLR : Programmes d’Accompagnement du retour à domicile] santé, les PRADO orthopédie, les PRADO accouchement…Les Sophia diabète, Sophia Asthme, Sophia hypertension, Sophia insuffisance rénale.. On se moque du monde.

VIDAL : Autre sujet également abordé dans la stratégie nationale de santé : Marisol Touraine a annoncé une relance du DMP (Dossier Médical Personnel) et le déploiement de la Messagerie Sécurisée de Santé (MSS), notamment pour favoriser le suivi et la multidisciplinarité. Qu’en pensez-vous ?
Dr Jean-Paul Hamon : On ne peut pas continuer à se moquer du monde en disant que l’on va généraliser le DMP, alors que le DMP a déjà coûté 500 millions d’euros. De plus, la ministre de la santé sait depuis 18 mois (on le lui a dit à son arrivée) qu’il existe déjà une messagerie sécurisé en France, utilisée par 40 000 médecins (NDLR : Apicrypt]. Si cette messagerie était déployée sur la France entière, cela coûterait 24 millions d’euros, et cela serait possible en 6 mois.

VIDAL : Pour en revenir à l’exercice libéral, que pensez-vous de l’annonce d’une généralisation du tiers payant en 2017 ?
Dr Jean-Paul Hamon : Quand on propose un tiers payant généralisé qui va alourdir encore le temps de gestion, et quand on sait que les centres de santé disent déjà que le tiers payant leur coûte 3 euros par acte (certes ce ne sont pas des modèles de gestion, mais quand même), cela veut dire que l’on va encore alourdir le temps administratif du médecin et cela ne va pas dans le bon sens de la simplification administrative.

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Médecine, un métier formidable, mais un métier qui a changé

VIDAL : Vous vous êtes installé il y a 40 ans. Pourquoi avoir immédiatement choisi l’exercice en groupe ?
Dr Jean-Paul Hamon : Je remplaçais à la fois un médecin isolé, de campagne, qui était vraiment le médecin de premier recours, mais qui était corvéable à merci, qui se couchait le soir sans savoir s’il allait dormir. Et quand j’ai fait connaître ça à ma femme et que je lui ai dit que je m’installerai bien là bas, parce que c’était une médecine intéressante, elle m’a dit "tu iras tout seul"…

Quand je me suis installé à Clamart, nous étions quatre médecins : SOS médecins n’existait pas, le SAMU n’existait pas, il y avait un tour de garde qui fonctionnait bien. C’était organisé, donc c’était supérieur à la médecine de campagne, où là c’était un soir sur deux, ou, la plupart du temps, tous les soirs. Il n’y avait pas de service de garde organisé, donc c’était une vie intenable. C’était une époque où le jeune étudiant hospitalier que j’étais faisait des gardes de nuit ou de dimanche qui n’étaient pas rémunérées.

VIDAL : Les medias se font souvent l’écho des médecins d’antan, infatigables, comme ce médecin que vous avez remplacé… Ils ont disparu ?
Dr Jean-Paul Hamon : On était en médecine clairement pour en baver ! On savait que nous faisions un métier formidable, qui était reconnu par les patients, mais on savait qu’on allait en baver. Maintenant quand on nous dit "le médecin dans le temps, il était formidable, on pouvait le joindre tout le temps, il était là nuit et jour, les vacances, etc." Je réponds que le médecin dont vous parlez, c’est un médecin qui est à présent divorcé, qui paye une pension alimentaire et qui est en état d’épuisement professionnel…

VIDAL : Au-delà des questions matérielles, démographiques, ville-hôpital, qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans l’exercice libéral de la médecine ?
Dr Jean-Paul Hamon : La vision du médecin a changé, les patients ont changé. Il y a 40 ans, on ne savait pas grand-chose sur la santé, on avait des moyens extrêmement limités sur le plan thérapeutique et les patients étaient ignorants de leur état de santé tout en faisant une confiance aveugle aux médecins. Maintenant, heureusement, les patients sont informés. Mais ils sont beaucoup plus exigeants et ils critiquent la position du médecin. Le médecin est donc en situation de faire un métier très intéressant, mais qui est dur à exercer, parce qu’il est confronté à des personnes qui en savent souvent autant que lui, ce qui est particulièrement difficile à gérer.

VIDAL : Et vous le voyez comment, le médecin libéral du futur, en 2020, 2025 ?
Dr Jean-Paul Hamon : Dire ce que sera le médecin dans 20 ans quand je vois ce qu’il était il y a 40 ans, c’est bien difficile à dire… Parce qu’il y a 40 ans, je pensais que je rentrais dans un métier qui ne changerait jamais… Je ne pensais notamment pas que l’imagerie et l’informatique allaient faire de tels progrès. Quand je faisais des visites à la campagne, la secrétaire, qui faisait également la cuisine et prenait des appels, appelait le café du coin. Et si le médecin avait une visite à faire, le cafetier accrochait un mouchoir aux volets du bistrot pour que le médecin s’arrête et qu’il appelle le secrétariat ! Les choses ont changé radicalement…

Donc que sera la médecine de demain ? Cela va certainement évoluer avec la technique : on voit que les gens, maintenant, avalent une caméra pour faire une coloscopie ! Pour le moment ils ne sont pas encore capables de faire des biopsies.. Peut-être qu’à l’avenir il suffira de poser quelque chose sur la peau pour faire un diagnostic ? Est-ce que la dermatologie existera encore dans 20 ans ? Est-ce que dans 20 ans la gynécologie s’exercera de la même façon ?

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Retraites des médecins libéraux, gestion et pénibilité : "un métier dur à exercer"

VIDAL : Les professions libérales ne seront pas concernées par le compte pénibilité. Est-ce justifié ?
Dr Jean-Paul Hamon : Ca ne m’étonne pas, venant de cette ministre, qui visiblement ignore ce qu’est le travail libéral. Il serait bon de rappeler à la ministre que les médecins se suicident trois fois plus que la moyenne nationale et que ce métier, que l’on présente comme un métier facile, payant bien, avec des médecins qui adorent l’argent et qui exploitent la maladie, est dur à exercer. Ce n’est pas par hasard si les médecins se suicident trois fois plus que la moyenne nationale. On devrait au moins tenir compte de cela.

VIDAL : Au-delà de la fatigue liée au travail de nuit, qu’est-ce qui épuise un grand nombre de médecins libéraux aujourd’hui, voire pousse certains au suicide ?
Dr Jean-Paul Hamon : Le simple fait de prendre en charge la maladie, d’être confronté quotidiennement à la fragilité de l’existence… On voit arriver en consultation des patients qui arrivent complètement paniqués parce que leur camarade de travail, leur collègue vient d’avoir une pathologie grave ou vient de mourir subitement, etc. Tout d’un coup cela génère de l’angoisse, les gens viennent consulter pour savoir si cela ne pourrait pas leur arriver à eux. Ca ce sont des consultations qui sont pluriquotidiennes.

Mais nous, nous sommes confrontés tous les jours à ces situations : on voit des gamins qui disparaissent, des gamins qui étaient en bonne santé 15 jours avant et chez qui on découvre une pathologie dramatique. Des femmes en pleine santé à qui on annonce un cancer métastasé, une maladie incurable. On voit arriver des types qui nous disent : ça y est docteur je pars à la retraite, et 3 mois après, on leur annonce un cancer du pancréas…

Médecine, c’est un métier formidable, mais c’est un métier qui est dur… Ce n’est pas un métier facile. On a l’air décontracté, comme ça.. Quand on raccompagne un patient à la porte, on lui serre la main, on lui dit "ne vous tracassez pas, c’est rien". La porte se referme, et avant de reprendre un autre patient, on se dit "j’espère que ce n’est rien". Et nous on est là, avec la responsabilité qu’on vient de prendre. On vient de rassurer le patient et on a pris le poids de son angoisse.. Ca, c’est une chose dont on aimerait bien que les différents ministres de la santé, qui se sont succédés depuis 40 ans que j’exerce, prennent enfin conscience.

VIDAL : Vous vous insurgez également contre l’article 32 de la réforme des retraites adoptée en 1ère lecture par l’Assemblée nationale le 15 octobre 2013
Dr Jean-Paul Hamon : On se préoccupe de la retraite des médecins, non pas pour l’améliorer, mais pour leur piquer leurs réserves ! On voit bien ce qu’il est en train de se passer en ce moment à la caisse d’assurance maladie, au gouvernement et à la CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France). On voit bien que l’on veut mettre la tutelle gouvernementale sur la CARMF.

Ce sont les caisses complémentaires gérées par les médecins qui ont 6 ans de réserve devant elles. Gérées par les médecins, par la CARMF… 5 milliards et 6 ans de réserve. Alors que l’ ASV (Avantage Social Vieillesse), géré par les syndicats signataires et l’assurance maladie, n’a que 4 mois de réserves ! Donc d’un côté, on voudrait nous mettre sous la tutelle de l’Etat, de la sécurité sociale et des syndicats signataires, avec une gestion lamentable se traduisant par 4 mois de réserve seulement, et de l’autre côté on veut mettre la main sur les réserves de la retraites complémentaire. C’est quasiment la moitié de la retraite des médecins que l’on veut mettre sous tutelle !

Et là j’interroge fortement, en le regardant droit dans les yeux, le président de l’UNAPL (Union nationale des professions libérales), qui est également le président de la CSMF [NDLR : le Dr Michel Chassang] : comment peut-il rester complice d’une attitude pareille ? J’attends sa réponse.

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Vieillissement, dépendance : "de véritables progrès à faire sur le maintien à domicile"

VIDAL : Il y a de plus en plus de personnes très âgées en France, dépendantes ou non. Lors de l’épisode de la canicule en 2003, des milliers sont décédées.. Alors que les urgences sont surchargées, même en dehors d’une canicule, comment améliorer le premier recours pour éviter que cela se reproduise ?
Dr Jean-Paul Hamon : L’équipe de gériatrie de premier recours, elle existe : c’est le médecin généraliste, l’infirmière et l’aide-soignante. Actuellement, c’est l’aide-soignante qui manque. Parce que s’il y avait eu une aide-soignante qui avait été là pour faire prendre une douche de plus à la personne âgée, la faire boire, la faire manger ou alerter, quand ça n’allait pas, le médecin ou l’infirmière, on n’aurait pas eu de problème, en tout cas pas cette catastrophe là. La priorité n’est pas d’équiper les urgences en cas de canicule, mais d’éviter que les gens y arrivent.

VIDAL : Au-delà du renforcement des équipes de proximité, comment améliorer le maintien à domicile des plus fragiles ?
Dr Jean-Paul Hamon : Là où je pense qu’il y a un vrai progrès à faire, c’est dans l’aménagement des appartements et dans le maintien à domicile des personnes âgées et ou des personnes dépendantes. Il est clair que le service à domicile devra se développer, et que le maintien à domicile est une chose qui va modifier les maisons de retraite. Encore que, il faudra aussi que les mentalités évoluent, que les familles imaginent que la vie est une maladie mortelle, et que maintenir les gens à domicile leur feront peut-être courir un risque supplémentaire lorsqu’ils deviendront dépendants.

VIDAL : Concrètement, par quoi commencer ?
Dr Jean-Paul Hamon : On peut très bien imaginer que les salles de bains soient aménagées d’entrée de jeu pour prévenir le handicap, que l’on puisse avoir des salles de bains où l’entrée soit fluide, qu’il n’y ait pas de marches, etc. Concevoir des baignoires où l’on peut mettre des porte-malades, de façon à ce que la personne handicapée ou gravement malade, que l’on va mettre en soins palliatifs (en soins palliatifs on reconstitue quoi ? On reconstitue l’appartement) puisse se déplacer. On permet à la famille de venir dormir, on permet d’accueillir l’animal domestique.

Si on pensait déjà à organiser l’appartement en pensant qu’un jour, son occupant peut devenir dépendant… On se rend bien compte qu’avec des caméras de surveillance, avec des outils qui permettent de détecter des chutes, on peut très bien mettre en place une télésurveillance. Et là, on a des gisements énormes d’économies à faire.

VIDAL : D’autres idées permettant de favoriser les soins de proximité, le maintien à domicile ?
Dr Jean-Paul Hamon : Il y a eu une expérience à Londres qui était formidable : ils ont construit un immeuble où, en bas, il y avait une mini-crèche, et où les personnes âgées avaient des appartements qui étaient aménagés et qui devenaient les baby sitters des enfants. Les parents sont toujours inquiets lorsqu’ils confient leurs enfants à une nounou, car ils vont rester chez la nounou qui n’exerce aucune surveillance.

Pourquoi ne fait-on pas des appartements dédiés lorsque l’on construit un immeuble dans une ville ? le premier étage serait pour la mairie : les 3 nounous viennent y garder leurs gamins, et elles sont alors sous le regard des autres. Et puis on met deux studios au rez-de-chaussée pour des personnes âgées dépendantes. Et puis, au lieu d’avoir une auxiliaire de vie qui prend le bus pour aller faire le ménage chez chaque personne âgée, l’auxillaire de vie peut faire le ménage sur un seul endroit, dans les 3-4 studios des personnes âgées.

On organise également un portage de repas commun pour les enfants et les anciens. Plutôt que de compter les vieilles dames qui décanillent, elles voient des gamins et ça leur remonte le moral. Tu fais du maintien à domicile, tu organises la garde des enfants, et si le gamin est malade –otite, gastro-entérite- il reste là. Cela coûte infiniment moins cher.

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J’ai découvert le syndicalisme en 2002. Depuis cette date, on n’a pas beaucoup progressé

VIDAL : Depuis quand êtes-vous syndiqué ?
Dr Jean-Paul Hamon : Je ne suis syndiqué que depuis 2002. Quand, en 2002, Pierre Costes, qui était le président de MG France, a signé cette convention qui fixait à 18 euros 50 le prix de la consultation, nous avons vécu cela comme une gifle monumentale. La coordination nationale s’est alors créée, et ensuite nous avons bien compris qu’il fallait nous syndiquer si nous voulions avoir une action durable.

VIDAL : Qu’avez-vous constaté depuis 2002 ?
Dr Jean-Paul Hamon : Depuis cette date, nous n’avons pas beaucoup progressé. Pire, il y a eu des régressions : ce qui m’a frappé, c’est qu’on ait pu supprimer d’un trait de plume, en 2006, l’option référent. Pour des raisons purement idéologiques, on a privé 7000 médecins, du jour au lendemain, de 30 à 50 000 euros de revenus, ce qui leur permettait pourtant d’avoir un secrétariat, une informatique communicante et des locaux dignes de ce nom. On a fragilisé l’existence de 7000 médecins qui en plus, payaient leur forfait, car on s’était rendus compte qu’ils prescrivaient moins, faisaient moins d’arrêt de travail, faisaient de la formation continue, participaient à la permanence des soins… LA FMF a été la seule à protester véhémentement. Même les représentants de MG France ont été extrêmement mous là-dessus…

VIDAL : L’avenant 8 sur les dépassements d’honoraires n’a pas été accepté non plus par la FMF…
Dr Jean-Paul Hamon : Avec cet avenant numéro 8, on a donné le pouvoir à la Caisse d’Assurance Maladie de juger elle-même des dépassements d’honoraires. Le filtre de l’Ordre qui protégeait les médecins avec tact et mesure a été complètement marginalisé. Cette mesure a été signée par trois syndicats. Et c’est là que les médecins sont interloqués : les médecins libéraux sont coupables d’actions qui vont à l’encontre des médecins libéraux. C’est invraisemblable.

LA FMF a dénoncé la façon dont on traitait les médecins à la CNAM. Le médecin n’a pas le droit d’être représenté, ni d’être présent : on juge le médecin sur des pièces qui sont fournies exclusivement par la caisse d’assurance maladie. Et quand il ya des pièces à décharge, elles ne figurent pas au dossier ! Les autres syndicats de médecins supportent ça ?

VIDAL : Difficile de s’y retrouver, entre les avis parfois complètement opposés des différents syndicats..
Dr Jean-Paul Hamon : L’hétérogénéité syndicale ne favorise pas la compréhension de l’action syndicale. C’est vrai aussi que les dirigeants syndicaux ont eu de lourdes responsabilités, de la complaisance vis-à-vis des gouvernements successifs…

Je comprends que les médecins se syndiquent peu, car l’image du syndicalisme n’est pas reluisante. La FMF se défend, elle défend la médecine libérale. Moi, en tant que président de syndicat de médecin généraliste, j’ai cherché à fusionner avec Espace Généralistes, car j’ai bien réalisé que la multiplicité des syndicats desservait les médecins.

VIDAL : Que défendez-vous aujourd’hui à la FMF ?
Dr Jean-Paul Hamon : Fondamentalement à la FMF, ce que l’on défend, c’est que la médecine générale ne peut pas se défendre toute seule. Moi, en tant que médecin généraliste exerçant en groupe depuis 40 ans –le 8 novembre, je vais fêter mes 40 ans d’installation- je défends la médecine générale bec et ongles. Tous mes correspondants spécialistes peuvent témoigner que je défends aussi les spécialistes bec et ongles pour qu’ils aient un exercice correct, pour qu’ils soient rémunérés à la hauteur de leurs actes.

Quand le directeur de la CNAM me dit "mais Hamon, vous êtes généraliste, vous êtes en secteur 1. Pourquoi vous défendez comme ça les chirurgiens, qui sont des gros dépasseurs ?" Je le regarde droit dans les yeux et je lui dis : "vous, Mr le directeur, polytechnicien, intelligent, vous ne comprenez pas que ce que je suis en train de défendre, c’est que moi je n’ai pas envie d’être opéré par n’importe qui. Je veux toujours avoir des spécialistes de qualité. En libéral, je veux que les chirurgiens soient de qualité".

Donc là on est en train de toucher, avec cet avenant 8, à mes correspondants de proximité. Moi, président de syndicat et généraliste de secteur 1, je les défends et je continuerai à les défendre, car toute atteinte à la médecine libérale de proximité, qu’on soit généraliste ou spécialiste, constituera les problèmes d’accès aux soins des patients dans les années qui viennent. Qu’on arrête de tirer sur la médecine libérale de proximité, générale et spécialiste, sinon c’est le patient qui en pâtira.

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