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UG Zapping


par Claude Bronner
 

UG Zapping n° 147

Publié le : 15 mars 2020

MASQUES ET SHA : UN 49-3 ?

Il est nettement plus facile de faire un 49-3 pour faire passer la loi sur la retraite que pour contraindre le Covid-19 à rentrer à la niche ! Reconnaissons que ce n'est pas facile et que de nombreuses incertitudes compliquent la gestion du dossier. Mais se retrouver sans masques, sans solutés hydro-alcooliques, sans blouses et sans lunettes de protection est simplement impensable. Et pourtant, c'est la réalité. Ils vont nous faire regretter Bachelot ! Les seuls masques qui nous restent sont ceux des prévoyants qui n'aiment pas jeter, même après péremption, et qui en ont gardé en 2009.

Dans le Guide méthodologique Covid 19 du 20 février, nos autorités ont tout prévu. Elles détaillent l'attitude du médecin généraliste confronté aux patients. Lorsqu'on compare ces préconisations à la réalité, on a juste envie de faire comme les belges : pas besoin de gouvernement. Supprimons Ministère, HAS, ARS et autres Coreb ou Eprus ! On ne s'en portera que mieux ! Admettons que ce guide date un peu. Mais le constat fait au premier jour par tous les libéraux reste de mise : ils ne savent pas qu'ils ont 110 000 médecins libéraux dont 60 000 généralistes sur le territoire qui ne demandent qu'à soigner, pourvu que ce soit possible. Ce Zapping essaie d'aborder les sujets par thème, il sera bien sûr périmé dès sa parution vu l'évolutivité de la situation. Pour faire le point, excellent papier d'Aurélie Haroche dans le JIM pour résumer la situation Covid en analysant, citant et renvoyant vers différents blogs de médecins ou autres internautes intéressés et intéressants : "Masques démasqués, numéro vert inutile, mise en scène politique : en attendant le stade 3" (le même en PDF)

Le ministère communique "Coronavirus, informations aux professionnels de santé". On va dire que dans ce cas, communiquer est un bien grand mot car il faut chercher pour avoir des informations pratiques autres qu"appeler le 15" qui, de l'expérience générale, est parfaitement débordé. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des endroits où on peut se considérer en phase 3 de l'épidémie comme à Mulhouse. C'est finalement les médecins de terrain qui nous apportent les meilleures informations, et par la presse locale en plus. On lira vraiment avec intérêt deux témoignages : celui du Dr Petterschmitt, testé positif au Covid (il fait partie des pentecôtistes à l'origine d'une dissémination large). Il décrit très bien ce que ça représente cliniquement pour un patient qui n'a pas la malchance de compliquer et socialement pour un médecin généraliste libéral. Et le témoignage du Dr Vogt qui a décrit le situation mulhousienne sans mâcher ses mots (phase 3 quoiqu'on en dise dans ce secteur) et là encore, en dédramatisant !

En conclusion : le Covid ressemble à la grippe. Il met en réa et tue plus de patients que la grippe, en général plutôt fragiles, mais vu la contagiosité, il est difficile d'y échapper. Peu de patients graves parmi beaucoup de malades, ça risque de dépasser les capacités des soins intensifs. Aux autorités d'organiser la limitation des rencontres qui disséminent pour retarder l'épidémie, aux médecins de faire leur travail en veillant à limiter la contagion. Les patients peu symptomatiques peuvent être vus en téléconsultation. Mais les médecins libéraux en ont vraiment assez d'être la cinquième roue du carrosse : là, vu la manière dont ça a été géré, on peut rêver à une prise de conscience à venir de la maltraitance que nous supportons. Mais rien n'est moins sûr.

CORONAVIRUS et information pratique

La meilleure information patients se trouve chez Dominique Dupagne "Covid, la synthèse". Le site français le plus officiel est "Information Coronavirus" du gouvernement. On a les informations régulières de DGS Urgent à relire. Le site Covid : questions-réponses de l'OMS est pas mal et un article du 20 janvier garde son actualité : "Soins à domicile pour les patients présumés infectés par le nouveau coronavirus (nCoV) présentant des symptômes bénins et prise en charge des contacts. Lignes directrices provisoires". Intéressant, ce schéma de classement des pandémies réalisé d'après plusieurs sources qui met les différentes épidémies selon leur contagiosité et leur mortalité. Une conférence de Mathieu Revest du CHU de Rennes a eu beaucoup de succès sur les réseaux (1h20 d'enregistrement).

PROTECTION ANTI COVID ne comptons pas sur l'Etat

Les mains sont la première source de contamination : il est assez facile de se maintenir à distance des sécrétions ORL, surtout si le patient porte un masque. Mais le dépot de virus par les mains est majeur et il faut avoir l'utilisation du SHA très large. Le SHA est facile à fabriquer par un pharmacien à partir de sa formule publiée largement et en particulier par l'OMS. Il a néanmoins fallu des jours au ministère pour préconiser cette solution et autoriser les pharmaciens à le faire. Pensez à amener vos flacons doseurs aux pharmaciens, il risque d'y avoir pénurie ! Quant aux masques, c'est le rationnement. Il vaut sans doute mieux utiliser des masques bricolés que rien du tout ! N'oublions pas que toute manipulation de masque avec les doigts exige une séquence de SHA !

COVID ET ARRET DE TRAVAIL situation pour les PATIENTS

Si le patient est malade, Covid ou pas, c'est la règle générale qui s'applique : arrêt de travail rédigé par le médecin qui fait le diagnostic, jours de carence avec prise en charge par les mutuelles. Mais si le patient est sommé de ne pas travailler pour raisons de "vingtaine" (maximum possible), l'arrêt de travail doit être rédigé par un médecin de l'ARS. Le détail est précisé dans ce document récupéré dans les informations de l'ARS Grand Est : "Isolement lié au Coronavirus : procédure de délivrance des arrêts de travail". La base légale est un décret du 31 janvier 2020 qui a pour particularité de faire payer des IJ par Madame Lacaisse à tous les confinés, dès le 1er jour, sans justification des droits, pendant vingt jours maximum, sans intervention des mutuelles. Pour la garde d'enfants de moins de 16 ans confinés, voir le site "declare.ameli.fr".

COVID ET ARRET DE TRAVAIL situation pour les MEDECINS

Cette affaire de Covid-19 souligne la lamentable protection sociale des médecins libéraux qui fait partie des griefs majeurs incitant au salariat. Si un médecin est en quarantaine, il aura 112 € par jour payés dès le 1er jour par madame Lacaisse (qui met les modalités sur Ameli.fr). Même pas 4,5 G. S'il est malade, il les aura après les 3 jours de carence. Ce n'est pas très motivant pour soigner les patients suspects d'être contaminants. Au moins, un salarié a le maintien du salaire ! Mais il est vrai que pour les autres pathologies, c'est zéro jusqu'à 90 jours sans assurances complémentaires. Des négociations sont en cours avec la CARMF pour compléter. C'est le moment d'utiliser nos réserves !

TÉLÉMÉDECINE ET COVID pas besoin de masque et de SHA

Il faut vraiment se mettre à la téléconsultation pour de nombreuses situations : pas de risque de contaminer un patient, pas de risque de se faire contaminer. Tous les renouvellements chez des patients qui vont bien peuvent être réalisés en téléconsultation avec envoi de l'ordonnance au pharmacien ou dépôt au cabinet pour un proche. Les arrêts de travail, y compris pour des patients suspects de covid et qui sont peu symptomatiques peuvent être faits sur Ameli.pro sans la carte vitale du patient. Whatsapp, Facetime et autres applications de visio sont utilisables. Les applis dédiées les plus courantes sont Doctolib (80 € par mois quand même !) et des solutions gratuites tant qu'on ne réalise pas le paiement par leur truchement comme Medaviz et Consulib. Le Module de télé consultation du portail du GCS SARA en Rhône-Alpes est une solution gratuite pour toute une région. Découvrez les solutions dans medicompare.fr et le livret "la télémédecine en pratique". Pour le respect du parcours de soins, si le soins reste réalisé par un médecin rattaché au territoire où habite le patient, les 25 € du TCG seront remboursés pendant la période Covid, même s'il n'a pas encore été vu par le médecin.

FORMATION ET COVID ANDPC et FAF-PM : deux approches opposées

Ça n'a pas loupé, l'étatique ANDPC, par le truchement de sa directrice a annoncé dès le départ qu'il n'y aurait pas de formation concernant le Covid et que d'ailleurs, il n'y aurait pas de formations présentielles en mars ! Ensuite, elle a revu un peu sa position devant le tollé (pour les présentielles). Le FAF-PM, dirigé par des médecins libéraux, a pour sa part encouragé les formations et assoupli les contraintes pour répondre aux besoins. Les associations qui ont proposé des formations ont été submergées, mais ont assuré et continueront à le faire. Ça finira par des e-learning si l'épidémie se prolonge, mais la demande est énorme.

COVID ET RESÉAUX SOCIAUX les lignes bougent

Les chinois ont utilisé les smartphones pour géolocaliser les malades : il faut un peu de réactivité, mais c'est somme toute assez facile à faire (voir note Covid de Tok-Tok-Doc). Le Covid va permettre de faire comprendre l'intérêt de solutions de mise en lien pour le soins. Dans l'Essonne où les professionnels de santé disposent de la solution Entr'Actes de mise en réseau, quand les masques manquent cela donne : "Malgré nos sollicitations toute la semaine, nous arrivions hier matin sans que nos MMG ne soient dotées en masques (même chirurgicaux ..), l'envoi d'un message d'alerte via l'application entr'Actes à l'ensemble des pharmaciens du département, nous a permis en quelques minutes de récupérer une vingtaine de boites ...une coordination que nous n'avions identifié dans nos actions socles"

COVID ET TESTS Y en a plus ! En tout cas pas assez

Tester un médecin ou un patient pour savoir s'il est excréteur de Covid relève de l'exploit tant les tests sont rares, y compris dans les hôpitaux. Là encore, les informations fiables manquent sur les livraisons et les modalités. S'il n'est pas absolument indispensable de tester un patient peu symptomatique, cela aurait tout de même du sens de tester ceux qui voudraient travailler sans contaminer leur entourage car toutes les toux ne sont pas du Covid.

GRIPPE ET ALERTES pas foutus de faire un bulletin Covid !

Santé Publique France ronronne et publie les bulletins grippe et bronchiolites chaque semaine comme si de rien n'était. Décrue de la grippe. Depuis le début 744 cas graves admis en réa et 72 décès. On n'est pas trop bégueules, mais quand même ! Il faudra combien de temps pour avoir un bulletin coronavirus selon un modèle finalement bien rodé ? C'est à ces petits détails que l'on perçoit l'organisation et l'immense adaptabilité de nos instances. Si le GROG que l'État a supprimé existait encore, on serait sur une autre planète et une autre réactivité en lien avec la médecine de ville.

MIDAZOLAM le Dr Meheut a enfin repris le travail

Après une dernière frayeur due à une opposition du procureur à la reprise du travail proposée par le juge d'instruction pour le 6 mars, le Dr Meheut-Ferron Jean a pu effectivement reprendre son travail le 6 mars. Pour mémoire, rappel de son histoire de Midazolam par des articles du Monde du 11 janvier 2020 à son propos et une fin de vie racontée. Libre opinion du Dr Didier Sicard dans Le Monde du 16 janvier. Le 28 février Egora a publié un très intéressant texte libre du Dr Meheut Ferron qui argumente l'utilité du Midazolam dans une organisation un peu différente de celle proposée par la HAS : "Penser qu'on peut mourir à domicile sans un accompagnement serré du médecin est un leurre".

PLAGIOCÉPHALIE ET HAS une recommandation

La HAS a du se fendre d'une recommandation pour rappeler qu'il ne faut pas coucher les nourrissons sur le ventre tant la poussée est forte sur la plagiocéphalie (aplatissement du crâne chez les nourrissons) dans certains milieux. On peut lire leur fiche-memo déformations crâniennes et en retenir les messages-clés.


LE COIN DU CARABIN

Le BMJ de Noël 2019 a proposé une étude sur les grands excès de vitesse (+ de 30 km/h) chez les médecins américains. Belles bagnoles pour les cardiologues, orthopédistes les plus rapides, généralistes abonnés aux PV et psychiatres les plus extrêmes. Ils ont fait une petite animation : "quels spécialistes sont pris le plus souvent en excès de vitesse ?".

Michel Blanc à qui on demandait si ça ne le gênait pas d'être chauve : "Je suis chauve, mais j'ai une queue de cheval".

 

La FMF construit l'avenir
de la médecine libérale

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