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"Schizophrénie" politique et démographie médicale

Publié le 21 novembre 2011, par Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP

Je voudrais évoquer ici le positionnement de nos députés ou sénateurs maires au cours de leurs mandats locaux et nationaux, ou de façon plus imagée à la ville et aux champs.

Dans leurs circonscriptions, ils touchent de près la désertification médicale et ses effets sur une population qui souffre déjà de la désertification administrative avec le retrait des bureaux de poste, des écoles, des trésoreries, des petites gares ... enfin de tout ce qui faisait que la vie était possible dans ces villes et villages reculés. Aussi, dans leurs mairies ils déploient beaucoup de moyens pour attirer des candidats à l’installations afin de venir seconder les rares médecins en place ou les remplacer au moment de leur départ à la retraite ; et la pyramide des âges pour les généralistes n’est pas rassurante, ce sont majoritairement des quinquagénaires bien avancés qui vont arrêter leur activité dans la décennie 2010-2020.

Ils n’hésitent pas à aménager des locaux, à faire appel à des « chasseurs de têtes » recrutant bien au delà de nos frontières au niveau des pays de l’est et du Maghreb. Certains pensent à recréer des dispensaires faisant appel à des médecins salariés avec pourtant les écueils connus : le coût 3 fois supérieur à celui d’un médecin libéral et nécessitant un financement pérenne, ce qui est rarement le cas (voir ce qui se passe à Marseille où on annonce la fermeture d’un tel établissement pour faillite).

 Les mêmes siégeant à l’assemblée nationale ou au Sénat ont un comportement radicalement opposé, ce qui me fait parler de schizophrénie !

Depuis des années, à l’occasion des LFSS et des Loi cadres sur la santé ils votent sans broncher un mille feuille de textes tous plus liberticides pour les médecins en place que dissuasifs à l’installation libérale pour les jeunes médecins, et la liste est longue :

> Les textes mettant en place l’ordonnancier 

> La Loi du 13 août 2004,

> De nombreux articles de la Loi HPST (dont ceux qualifiés de vexatoires),

> les articles D315, L133-4, L162-1-14 et L162-1-15 permettant nombres de contraintes sur les médecins jusqu’à leur faire rembourser des sommes qu’ils n’ont pas perçus...

> La réforme de ASV">l’ASV (40% de la retraite des médecins) qui va augmenter les cotisations et baisser les prestations.

Comment pourraient-ils ignorer qu’ils font à Paris une politique contraire aux intérêts de leurs mandants locaux et à celle qu’ils affichent en région ?

« Schizophrénie » ou hypocrisie et tromperie des électeurs locaux ?

L’intérêt de la France serait-il contraire à celui de ses régions ?

Ils évoquent à foison la simplification administrative mais ne font qu’alourdir et complexifier l’exercice des médecins libéraux, ainsi la convention 2005 avait amené le parcours de soins et le formulaire « médecin traitant », la convention 2011 inaugure le P4P (paiement à la performance) qui nécessitera un nouveau formulaire et encore de la paperasse pour les médecins. Parce qu’ils devront déclarer leurs résultats que ce soit en version papier ou électronique sur un serveur AMELI">AMELI PRO qui fonctionne de façon plus qu’aléatoire, et cerise sur le gâteau les médecins devront aussi payer l’adaptation de leurs logiciels pour faire fonctionner cette nouvelle usine à gaz. Ils devront payer en 2011 et récupéreront peut-être la mise en 2013.

 Il n’y a jamais eu autant de médecins diplômés en France et pourtant le secteur libéral connaît une hémorragie sans précédent : l’immense majorité des médecins harcelés par des contrôles tatillons que permettent les textes sus cités quittent le secteur libéral, qui pour la retraite, qui pour le salariat, qui pour partir à l’étranger,

> Ajoutez à cela les jeunes qui observent ce qui se passe au cours de remplacements et choisissent de les continuer au lieu de s’installer,

> Ajoutez à cela la féminisation à 70% des promotions avec des consœurs qui ont une famille et travaillent à mi-temps...

Et cela donne un taux d’installation en libéral de 2/10 quand il était à 8/10 il y a 20 ans, parce le mouvement s’est bien installé il y a 20 ans les chiffres communiqués par le CNOM en attestent.

 Alors nos parlementaires « schizophrènes » ont parfois des idées : on va contraindre ces récalcitrants à s’installer où il le faut ! Après tout la nation paye les études à ces carabins ...

> Sauf qu’elle paye aussi celles de tous les universitaires sans contrepartie et que les médecins sont déjà largement mis à contribution en tant qu’externes, puis qu’internes pour faire tourner les hôpitaux publics avec des salaires sans rapport avec le service rendu,

> Sauf que s’il me paraît possible et acceptable de limiter l’installation en certains lieux surdotés si tant est qu’ils existent, il est impossible de contraindre à l’installation libérale dans d’autres ! Le législateur ne peut obliger un médecin à s’installer en libéral quand il a le choix de ne pas s’installer du tout, de vivre de remplacement ou de choisir le salariat !

 La solution est pourtant simple et évidente, elle est là sous leurs yeux, il suffit de rendre attractif l’exercice en libéral et vous verrez à nouveau choisir ce secteur par les jeunes médecins qui iront comme par le passé « coloniser » villes et campagnes.

 Dr M. GARRIGOU-GRANDCHAMP, FMF">FMF, Cellule juridique

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