×
 

Actualités

La drôle de guerre du soldat libéral

Publié le 9 avril 2020, par Jean-Michel MATHIEU

Il est étrange, quand on est médecin généraliste, et qu’on entend déclarer le pays en crise sanitaire, de se retrouver sans réelle utilité, cerné par les recommandations, fiches gouvernementales, expertises hospitalières et ARSiennes.

J’ai suivi toutes les recommandations :

  • Achat de gel et de produits désinfectants norme virucide ;
  • Recommandations d’hygiène pour ma femme de ménage (double lavage avec détergent + lavage eau de javel) j’ai même acheté gants jetables et nouveau matériel plus pratique ;
  • Aménagement de la salle d’attente ;
  • Aménagement d’une salle de consultation spéciale COVID avec gel et masques ;
  • Mise en place d’une téléconsultation ;
  • Aménagements du planning avec espacement des rendez-vous ;
  • Mise en télétravail de la secrétaire ;
  • Organiser le planning des internes et trouver le matériel pour qu’ils soient en sécurité ;
  • Mise en place d’une coordination avec Visioconférence et groupes WhatsApp avec médecins du secteur, infirmières et autres paramédicaux ;
  • Transmission des traitements et prescriptions par messagerie sécurisée ;
  • Coordination avec hôpital ;
  • Coordination avec les institutions et les politiques locaux ;
  • Conseils téléphoniques gracieux en attendant que tout cela fonctionne ou pour les patients en zone blanche internet.

Après tout cela (ça nous a bien occupé moi, mes confrères et collaborateurs ), je me retrouve dans un cabinet médical un peu triste mais super-désinfecté (comme moi d’ailleurs), et quasi-vide. Je me retrouve à renvoyer mon interne SASPAS pour qu’il ne fasse pas des dizaines d’allers-retours pour si peu de patients ; je me retrouve à faire le travail de la secrétaire, plutôt mal d’ailleurs (j’ai une petite phobie administrative), et celui des standardistes pour organiser au mieux le flux de patients.
Je ne parle même pas des conseils téléphoniques sur les modalités d’arrêts de travail et autres amusements administratifs pas très bien bordés …

Bref … le médecin qui aime faire de la médecine s’ennuie grave, et le libéral conventionné secteur 1 payé à l’acte voit ses charges vider son compte professionnel par manque d’actes rémunérés à un tarif conventionnel français, déjà 2,5 fois inférieur à ceux dans les pays comparables (baisse globale de 50% du chiffre d’affaire).
Adepte d’une médecine globale et clinique, je me retrouve à faire 50% de téléconsultations, à ne traiter que ce que le patient demande sans l’aide de la clinique et sans la possibilité d’identifier des problèmes de santé débutants non repérés par le patient et qui risquent de ce compliquer.
Ah j’oubliais ! Quand je reçois un patient qui ne peut vraiment pas attendre, pour lequel j’ai besoin d’un avis spécialisé, ce sont des heures passées au téléphone pour trouver le bon canal, que mon correspondant soit dans le libéral ou le public.
Bref je passe toujours autant de temps dans mon cabinet.

Elle est où l’épidémie qui devait m’épuiser à soigner mes patients ? Les patients ont-ils peur de venir dans l’endroit où ils ont le moins chance d’être en contact avec le virus ? Est-ce notre aspect masqué qui rebute ? les consignes pas toujours très claires des institutions ? la peur de gendarmes pointilleux et des amendes ? Hors COVID plus de 1600 personnes meurent chaque jour, combien de plus demain avec les retards diagnostic ?

Autres actualités

La FMF construit l'avenir
de la médecine libérale

Top