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Convention médicale : la réaction du Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF)

Publié le 26 juillet 2011, par Jean-Paul HAMON

« C’est la convention de la crise économique et pas celle de la démographie libérale. Il faudrait un plan Marchall pour sauver la médecine libérale qui traverse une crise majeure. Rappelons qu’en l’espace de 5 ans seulement, on est passé de 14 médecins diplômés sur 100 s’installant en libéral, à 9 actuellement ! ». C’est la réaction du président de la Fédération des médecins de France (FMF), qui n’a pas signé le protocole d’accord sur la nouvelle convention médicale, qualifiée de « low cost ».

« On pourrait réduire le déficit de la sécurité sociale par une régulation de l’accès à l’hôpital. En limitant les passages qui ne relèvent pas des urgences hospitalières, on économiserait ainsi trois milliards d’euros. Sur le poste du médicament, en revenant simplement au niveau de l’Allemagne, on atteindrait 8 milliards d’euros d’économies. Ces mesures permettraient d’équilibrer le budget de la sécu et de revenir à un investissement massif sur la médecine libérale, ce qui est loin d’être le cas ! Ce n’est pas en mettant 300 millions d’euros sur la table, autrement dit des miettes, qu’on réglera le problème et qu’on redonnera envie aux jeunes médecins de s’installer en libéral. Comment voulez-vous instaurer une vraie performance alors que cette profession se trouve littéralement étranglée ? En France, un médecin emploie en moyenne 0,4 salarié, alors qu’en Europe cette moyenne est de 2,5 !

« Le principe de la rémunération au forfait est excellent : la FMF souhaitait d’ailleurs un forfait cabinet qui permette d’avoir un secrétariat digne de ce nom, des locaux corrects pour accueillir les patients, un fichier informatique et communicant efficace. Or, ce qui est prévu pour ce forfait, c’est au maximum 2 800 euros par an… Et, qui plus est, on a échappé de peu à la proposition de supprimer purement et simplement le forfait cabinet si les médecins n’atteignaient pas un certain seuil de télétransmission, en réalisant 75% d’arrêts de travail et de protocoles de soins en lignes. Or, montre en main, il faut actuellement 4 minutes pour faire ces tâches administratives via Internet, alors qu’un arrêt de travail papier ne prend que 30 secondes. On a donc expliqué à la Caisse qu’il ne fallait pas confondre dématérialisation et simplification et que, chez eux, dématérialisation rimait plutôt avec complexification ! Là encore, pour faire de réelles économies et améliorer la performance, il y aurait un vrai travail à faire au niveau de l’informatisation des logiciels métiers.

« On annonce aujourd’hui que le médecin va recevoir une rémunération forfaitaire annuelle pouvant aller jusqu’à 9 000 euros. Mais le directeur de l’Assurance maladie, Frédéric van Roekeghem, a reconnu lui-même, en clôture de réunion devant la presse, que les médecins devraient en moyenne atteindre la moitié des objectifs ! C’est donc un maximum fictif qui est affiché pour montrer qu’on revalorise, alors que, dans la réalité, c’est une autre affaire… Cela dépend évidemment de la patientèle et de l’activité : par exemple, certains médecins qui ont peu de diabétiques parmi leurs patients ne pourront jamais obtenir les résultats voulus en matière de suivi et de prévention du diabète.

« Quant aux propositions pour lutter contre les zones sous-médicalisées, elles reprennent dans les mêmes termes l’avenant 20 qui majore les honoraires des généralistes exerçant en groupe, alors que cette mesure n’a pas permis d’enrayer la progression des déserts médicaux. Les médecins isolés sont une fois de plus écartés et interdits de primes, bien que leur présence sur ces territoires soit parfaitement justifiée et nécessaire.

« C’est pour toutes ces raisons que la FMF a refusé de signer cette convention : on avait besoin de mesures fortes pour enrayer la chute démographique des médecins libéraux et on obtient une convention « low cost » ! Les pouvoirs publics n’ont aucune conscience des économies que le pays pourrait faire en maintenant une profession libérale sur le terrain, qui plus est pour le bénéfice des patients. Visiblement, c’est le choix inverse qui est décidé depuis des dizaines d’années. Et inexorablement, la médecine libérale n’attire plus et disparaît…  »

Amandine Ceccaldi

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