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Avant c’étaient des « médicaments de confort », mais c’était avant !

Publié le 15 septembre 2012, par Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP

Avant c’étaient des « médicaments de confort », mais c’était avant !
Maintenant 4 000 seraient inutiles voire dangereux selon les professeurs Philippe EVEN, pneumologue à l’hôpital Necker et Bernard DEBRE, chirurgien généraliste et urologue à l’hôpital Cochin qui re-visitent ici la pharmacopée.

Les deux médecins qui ont pris goût à la pharmacologie depuis que l‘ancien Président de la République, Nicolas SARKOZY leur a confié une mission d’étude sur le BENFLUOREX (MEDIATOR®) se sont associés pour en faire un ouvrage témoignage ; le poids des mots, heureusement sans le choc des photos !

Mais « Tout ce qui est excessif est insignifiant  » ou « dérisoire » selon que l’on attribue la citation à deux autres célébrités, Talleyrand ou Beaumarchais, et cela résume bien mon sentiment à la lecture des « bonne pages » de cet ouvrage qui suscite nombre d’interrogations et appelle également quelques commentaires.

Ma sensibilité de médecin de terrain me fait tout d’abord penser aux nombreux patients qui en France prennent des traitements pointés dans cet ouvrage. Mes confrères ont-ils réfléchi aux conséquences de leurs écrits ? Ont-ils toujours en mémoire l’article 13 du Code de Déontologie médical (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui précise : 

« ... Lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ... » 

Si on oublie la Déontologie, l’intention de sauver la sécurité sociale en faisant des économies est louable, aussi ont-ils sans nul doute prévu de reverser à celle-ci les bénéfices de la vente de leur ouvrage ?

Abordons la notion de dangerosité du médicament. Tous les médicaments sont potentiellement dangereux, et c’est pour cela qu’il faut un certain nombre d’années d’études pour les utiliser ! 

Il est également important de préciser qu’en France la médecine fait l’objet d’un exercice exclusif, c’est-à-dire que le spécialiste qui a choisi d’exercer dans une spécialité (la pneumologie ou l’urologie par exemple) renonce à le faire dans toutes les autres. De fait, leur expérience du terrain et de toutes les pathologies s’en trouve forcément atténuée et leurs avis sujet à caution et discussion.

Mon maître en pharmacologie du CHU11 de Lyon nous martelait il y a bien longtemps (mais ses propos sont toujours d’actualité) qu’un médicament est dangereux par ses effets secondaires, que tous les médicaments ont des effets secondaires, même les placébos et que si un produit n’en a pas, ce n’est pas un médicament ! Ainsi, l’antalgique de palier 1 le plus utilisé en France, le PARACETAMOL, peut être mortel, nous faudrait-il le supprimer de la liste des médicaments remboursés pour autant ? Mais prenons quelques exemples de l’ouvrage de mes illustres confrères :

  • les AVK2 2, le SINTROM® mis en avant reste dangereux même si sa demi-vie est plus brève que celle du PREVISCAN® mais il y a aussi la COUMADINE® ? Cette classe reste néanmoins très utile en pathologie cardio-vasculaire.
  • Les Statines (médicaments de l’hypercholestérolémie) ont prouvé au niveau d’études en double aveugle contre placébo leur intérêt non pas à faire baisser le cholestérol (ce qui n’a pas d’intérêt pour le médecin qui ne soigne pas des taux mais un patient !) mais à faire baisser la mortalité autant en prévention primaire que secondaire. Moins d’AVC33 et d’accidents cardiaques, moins de morts par ces pathologies cela c’est du concret. Accessoirement nos bons professeurs devraient accorder leur avis avec celui de « Madame la caisse », entendez la sécurité sociale qui demande, prime à l’appui, aux médecins de prescrire des Statines à tous leurs patients diabétiques !

Inutiles, de confort, prenons l’exemple des veinotoniques, les jambes lourdes ne sont pas une pathologie mortelle, mais allez expliquer à cette patiente travaillant debout toute la journée que le traitement qui la soulage n’est pas pris en charge car de confort ! Et dans le domaine veineux la crise hémoroïdaire bénéficie de la même qualification, mais les patients pourront toujours se rabattre sur le traitement phytothérapique de Rika Zaraï !

4 000 médicaments inutiles, certes, mais qui donne les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) ? Il faut se rendre compte que vous donnez des « jouets » aux médecins et ensuite leurs demandez de ne pas s’en servir. 

Que peut faire le médecin de terrain qui ne soigne pas des statistiques ou des dossiers mais un patient face à lui et ne dispose que de « sa bite et de son stétho » pour vous le dire de façon, certes un peu grivoise, mais à la manière carabin ! 

J’ai l’impression que vous découvrez avec naïveté le lobby pharmaceutique. Agissez, vous en avez les moyens qui nous manquent, du fait de vos mandats électifs, notamment de Député pour Bernard DEBRE. Depuis des années, vous avez voté les lois cadres sur la santé (13 août 2004, HPST44 ... et autres LFSS55) qui se sont plus attachées à encadrer l’exercice libéral d’un carcan liberticide (Art 315, L162-1-14, L162-1-15 du code de la sécurité sociale) que d’aborder ces problèmes de fond : on en voit aujourd’hui le résultat avec les déficits chroniques, la disparition progressive du secteur libéral et l’installation des déserts médicaux !

Enfin je souhaiterais revenir sur la notion d’économie pour la sécurité sociale : vous êtes deux médecins hospitaliers, secteur qui est responsable de plus de la moitié des dépenses de la sécurité sociale et encore dans l’attente de la mise en place du RPPS66 vos prescriptions sont comptabilisées avec celles de la médecine de ville !

Une étude au CHU de Bordeaux a révélé que plus de 50% des examens prescrits à l’hôpital n’étaient même pas pris en compte par les équipes soignantes, combien d’examens et bilans inutiles, combien d’examens redondants parce que l’hôpital ne fait pas confiance à ceux réalisés en ville ! Combien de prostatectomies radicales inutiles pour des cancers de la prostate qui n’auraient pas évolué ?

A vous lire, je constate une fois de plus qu’il est bien plus aisé de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien !


Docteur Marcel Garrigou-Grandchamp, spécialiste en médecine générale, élu URPS (FMF)

1 CHU : Centre Hospitalo Universitaire

2 AVK : Anti Vitamine K

3 AVC : Accident Vasculaire Cérébral

4 HPST : Hôpital Patients Santé Territoires

5 LFSS : Loi de Financement de la Sécurité Sociale

6 RPPS : Répertoire Partagé des Professionnels de Santé

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