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... au Président de l’Assemblée Nationale

Publié le 22 novembre 2015, par Isabelle LUCK

Le 21/11/2015

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Dans la nuit du vendredi 13 novembre qui a endeuillé le pays tout entier, les soignants ont immédiatement interrompu le mouvement, unitaire et très suivi, qu’ils avaient commencé le matin même contre la loi de santé de Madame Touraine. Ils ont su prendre immédiatement leurs responsabilités et se sont consacrés sans autre arrière-pensée à la France en souffrance, suspendant sans délai, pour se consacrer à leur mission, leur combat contre les aspects inquiétants que cette loi leur inspire.

Devant l’état d’urgence qui les prive de toute autre forme d’expression, ils ont choisi dès le dimanche 15 novembre de continuer à se mobiliser par courriel, courriers ou lettres ouvertes auprès de l’Assemblée Nationale en demandant un moratoire durable aux discussions et au vote de cette loi dont ils combattent depuis plus de trois ans certains aspects hostile à leurs valeurs.

Ils tiennent ici à appeler votre attention sur certaines réponses reçues de la part de quelques députés qui ne leur semblent pas dignes d’un élu ouvert au débat démocratique. Les réponses lapidaires voire les non-réponses à certains courriels ne leur semblent pas non plus acceptables de la part d’hommes politiques responsables quand le souhait de se faire entendre au service de leurs patients est plus que nécessaire.

Ils vous demandent de bien vouloir veiller, lors des prochains débats, à modérer tout propos qui pourrait témoigner soit d’irrespect quant à l’opinion des soignants sur cette loi, soit de mauvaise foi, soit d’aveuglement idéologique sur les points qui suscitent leur inquiétude. Cette loi va profondément modifier le système de soins sans que la population française ait conscience de certaines retombées sur l’avenir de leur santé et certains aspects de la loi contreviennent gravement à la déontologie professionnelle du soignant et à la qualité des soins à venir.

Doit-on rappeler que les questions de santé ont été, sans doute volontairement de la part des débatteurs politiques, les grandes absentes des deux dernières campagnes présidentielles ? Il n’est donc pas acceptable qu’un député écrive aux professionnels du soin que « respecter la démocratie, c’est aussi accepter le résultat du processus législatif ». Le souhait des soignants est de discuter avant de voter et voter avant de discuter n’est en aucun cas démocratique. Pis, le premier Ministre semble hostile au débat démocratique puisqu’il a dit au congrès du Conseil National de l’Ordre des Médecins que la loi serait votée puis discutée lors des états généraux de santé prévus en février.

Doit-on rappeler que le professionnels de soin ne sont pas opposés à tous les articles de la loi mais ne combattent que ceux qui vont mettre en péril l’indépendance de leur exercice et sa conformité à leur déontologie ? Il n’est donc pas acceptable qu’un autre député écrive aux professionnels du soin qu’il ne comprend pas leur combat contre cette loi qui améliore le statut de certains malades (droit à l’oubli pour les cancéreux guéris, lutte contre le tabagisme ou l’obésité des enfants). Il doit être rappelé que les soignants n’ont pas besoin de loi pour prendre en charge ces pathologies et qu’il est contreproductif ou cynique d’opposer de tels arguments pour ne pas écouter leurs vraies inquiétudes au sujet des articles de cette loi qui poseront de graves problèmes sociétaux.

Doit-on rappeler qu’il est malvenu d’oser écrire que les soignants profitent avec indécence de l’actualité dramatique pour faire passer leurs priorités corporatistes ? L’engagement et la responsabilité des soignants ont été reconnus par tous, et leur combat, loin de défendre « leurs intérêts particuliers » concerne tous les Français. Les professionnels experts du soin souhaitent réécrire certains articles qui peuvent à leurs yeux mettre en cause l’excellence de la médecine dispensée en France et l’indépendance des médecins, la solidarité et le droit au soin pour chacun, le droit au secret médical et la préservation libre choix de son médecin par le patient. Nous tenons à remercier les députés qui ont pris la peine dans leurs réponses de considérer la loi sous cet angle de lecture.

Enfin, peut-on considérer comme une réponse sérieuse à leurs demandes d’écoute, des mots laconiques tels que « Vu ! » ou « Votre courriel a été supprimé sans être lu » ?

La situation est grave et la France est à un tournant sociétal de son histoire. Elle a besoin de cohésion et de confiance autour de valeurs fortes. Personne, à titre individuel, professionnel ou politique, ne doit s‘exonérer de ses responsabilités quand il s’agit de défendre des valeurs qui font le ciment sociétal, encore plus quand le terrorisme veut le fissurer davantage. Les soignants prennent les leurs en alertant les décisionnaires politiques pour construire avec eux la réforme d’un système de soins autour de valeurs humaines nécessaires pour préserver la stabilité de toute une société en risque d’ébranlement.

Les médecins et tous les professionnels du soin respectent ces valeurs car ils sont au quotidien auprès de ceux qui souffrent et ont besoin de force et de soutien. Ils espèrent être écoutés des décisionnaires politiques de ce pays, avec confiance, lucidité et sans parti pris. Avec leurs remerciements respectueux.

Les professionnels de santé qui souhaitent un vrai débat avant le vote de la loi dite de « modernisation » de santé.

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